Vers Manantali
Dans la brousse, nous ne sommes pas passés inaperçus.
La route de Nanifara à Manantali se parcourt en trois temps : un tronçon difficile jusqu’à Koumdian, à la fois sableux et rocheux, puis une piste récente qui monte sur un plateau aride, et enfin une route qui dessert plusieurs villages dans la vallée vers Manantali.
La piste jusqu’à Koumdian nous a fait tout de suite sentir que nous étions des cyclistes. De minuscules mécaniques qui doivent longer pendant des heures une même falaise et traverser d’interminables étendues de savane jaune, grise et desséchée.

Brousse et falaise
Un seul véhicule sera croisé : une camionnette tout terrain qui remonte avec peine une pente inclinée, cassée par des marches irrégulières, sur lesquelles le chauffeur doit poser ses roues l’une après l’autre pour pouvoir franchir l’obstacle.
Le passage est assez long : il conduit à la cuvette de Koumdian, une oasis qui surgit à nos yeux comme brodée de vert et de jaune.
Nous l’avons descendu, ce passage : quelle joie d’avoir à consacrer toute son énergie à la seule recherche du tracé et au seul maintien de l’équilibre, en descente ! La pesanteur s’était faite élan.
Ce n’était que le juste rendu de la terrible montée de Sikato-Ba.
Nous rencontrons le sable, cette fine matière pulvérulente qui empêche le cycliste de rouler avec naturel. En brousse, on peut toujours chercher à s’échapper par les terrains voisins, mais c’est au risque de mauvaises rencontres entre pneus et épineux.
A la sortie de Koumdian, les traîtres passages sableux font place à une piste de latérite. Nous sommes presque seuls sur un itinéraire dit de classe nationale, et pendant des kilomètres. Une mobylette vient en sens inverse et s’arrête : l’homme descend et nous salue avec chaleur.
— Mais, vous nous connaissez ? faisons-nous un peu étonné.
— Bien sur, je vous ai vus partir de Kénieba !
Nous poursuivons, à la fois surpris et rassérénés.
Dans la côte qui monte au plateau surplombant Manantali, nous rencontrons un groupe de jeunes avec des vélos : nous sommes à pied et nous poussons les vélos ; eux aussi, dans la descente, sont à pied mais ils retiennent leurs bicyclettes qui ne demandent qu’à filer, entraînées par de lourdes charges et sans aucun espoir d’utiliser efficacement les freins.
— Courage, Manantali n’est pas loin ! nous disent-ils.
Ah bon ! Eux aussi, ils nous ont pistés !
Nous poursuivons par des traversées de village, où la qualité du revêtement - il ne faut pas imaginer un ruban de goudron mais simplement une bande de terre à la viabilité honorable - nous permet d’échapper aux gamins qui rappliquent en formations serrées. Qui semblent se constituer dès que notre entrée dans le village est ressentie.
C’est vers 10-12 ans que les gamins donnent l’impression d’associer la capacité d’accélération la plus importante et l’envie la plus forte de voir les cyclistes.
Enfin, nous avons franchi le pont qui enjambe le Bafing, au pied du barrage de Manantali : un ouvrage gigantesque qui alimente en énergie électrique, et Bamako, et Dakar, et Nouakchott, les trois capitales des pays qui se partagent le bassin du Sénégal.
Nous nous sommes dirigés vers le poste de gendarmerie, installé à l’unique carrefour de la ville.
— Nous vous attendions, déclara le gendarme quand nous fumes arrêtés.
Perdus, nous étions peut-être, mais pas isolés !
Ce récit : Vers Manantali
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