Vallée de Lakol
La vallée de Lakol où nous nous engageons, n’a pas un abord aussi accueillant que ce que nous avons connu jusqu’à présent. Dans les villages, nous rencontrons des groupes d’hommes ivres : certains se pressent auprès de nous pour exiger de l’argent ; d’autres arrivent à les retenir. Il y a une succession de petites mines avec leur terril. Les bâtiments sont en dur, mais c’est le dur du béton grisâtre.
Il n’y a pas de yourtes.
La route n’est pas vraiment pentue. Elle monte, progressivement, interminablement. Le goudron disparaît peu à peu pour faire place à un revêtement de terre. Nous finissons par gagner plus de 1000 m. Arrêt à 3150 m, la tente est posée derrière un repli de terrain, 100 m au-dessus de la route.

Vu du haut de la vallée de Lakol
De là, la vue sur les sommets environnants est prenante. La nuit tombe, le calme se fait. Nous sommes un point dans la montagne. Invisibles.
Mais rien ne peut être fait pour la discrétion : tôt dans la nuit, une voiture arrive, fait demi-tour au pied du promontoire où nous sommes. Nous sentons au travers de la toile de tente les phares balayer l’herbe et les talus ; elle s’arrête. Eric sort. Inquiet.
Trois hommes arrivent, barre à mine, scies et pinces à la main.
Aïe ! Il faut faire quelque chose. Parler, remuer, sourire dans le noir, donner des bourrades de feinte sympathie : ils discutent, puis ils s’en vont, sans toucher à rien.
Nos affaires ne seraient-elles pas volables ? Le jeu n’en valait-il pas la chandelle ?
Pourtant ce sont des VTC, émaillés en bleu, selles réglables, commande de dérailleur dans le guidon ; il y a 3 plateaux, 5 pignons : cela fait 15 possibilités pour les vitesses ! Soit 14 de plus que dans un pays où la norme est le vélo made in China : soit 1 cadre, 2 roues, 1 guidon, 1 chaîne, 2 pédales et… rien d’autre. Pas de dérailleur… et d’ailleurs, pas de freins non plus !
Aurions-nous alors été repérés par tous, malgré le repli de terrain que nous croyions isolé ? Une agression deviendrait inimaginable ?
Mais, nous développerons toute la nuit les symptômes caractéristiques de la parano, peur au corps, oreilles aux aguets, inquiétude et commentaires, angoisse avant même chaque bruit.
Ce récit : Vallée de Lakol
Tous les récits de ce voyage : Au pays du koumis, le Kirghizstan à deux roues --- Les dernières nouvelles de Bishkek --- Le jardin secret des Russes --- Le bazar d'Och --- Au coeur des terres Kirghizes --- La chaîne d'At-Bashi --- Route de la soie, de la ferraille et du charbon --- Trois métiers pour vivre : professeur, berger et yourtier --- Vers Baetov --- Deux martiens amusants --- Descente vers la vallée de Baetov --- Mirbek et Amargull --- De Baetov à Koumys-City --- Vallée de Lakol --- Kichi-Naryn ---