Trois métiers pour vivre : professeur, berger et yourtier

au Kirghizstan :

D’où viens-tu ? Es-tu mariée ? Combien as-tu d’enfants ? Questions sempiternelles pour initier une conversation avec une étrangère. Elles me furent posées une fois de plus, au dîner. Je réponds afin de couper court à toute poursuite de la discussion sur ce terrain : de France, mariée avec 3 enfants restés chez les grands-parents.

Mon hôte s’empresse alors de se présenter, lui et sa famille. Lui, professeur de mathématiques, 46 ans, elle institutrice, 43 ans. Après l’indépendance du Kirghizstan, ils ont abandonné leurs premiers métiers pour retrouver la vie pastorale et depuis peu, diversifient leurs activités en offrant une «yourte d’hôte » auprès des touristes qui s’aventurent jusqu’à leur jaïloo (alpage d’été).

A At-Bashi, disait Guy, ils sont tous diplômés et aucun n’a le métier de son diplôme.

Je prends le repas avec la famille, assise à la place d’honneur face à la porte d’entrée : Toïnoch (8 ans), fort dégourdie, négocie auprès de sa mère un menu spécial, les autres ont droit au bol de laghman, de longues pâtes dans un bouillon mélangées avec du mouton et des légumes.

Le clan des enfants, peu à peu, quitte la table pour se lancer dans une partie de carte dont les règles me sont obscures. Le jeu est passionné et mené à un rythme effréné : beaucoup de discussions, de contestations ; chacun cache son jeu et regarde par-dessus l’épaule de son voisin. Apparemment certains sont complices. Quelques coups de coudes se perdent…

Pendant ce temps, les adultes finissent leurs repas. Une bouteille de vodka tourne jusqu’à l’épuisement. C’est le moment de se retirer discrètement alors que les enfants commencent à s’installer pour dormir. Ils s’entassent tous dans un coin de la yourte sur de petits matelas et de grosses couvertures de laine jetées sur le sol. La température ne dépasse pas 5 degrés : une yourte est un abri où il ne fait pas beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur.

Le lendemain Eric n’est toujours pas là. Dans l’attente, je décide de ne pas quitter le campement. La yourte, de dortoir, se transforme en salle à manger.

Les 2 garçons partent s’occuper des chevaux qui tirent sur leurs longes, prêts à galoper. La famille s’attelle à la confection d’un alagiis. C’est un tapis. On étale une natte de roseau puis on dispose de façon régulière la laine brune amassée dans un gros tas de laine afin de faire un fond. Le feutrage peut commencer. La laine prisonnière de la natte est roulée très serré puis arrosée d’eau chaude. Ensuite, le rouleau est battu, foulé au pied et roulé. C’est le travail des enfants. Tout se fait dans une bonne humeur agrémentée de railleries mutuelles et de chansons ; cela occupe bien l’après-midi.

Toïnoch s’essaye à parler français avec moi et moi kirghiz avec elle ; pour ma part, cela n’est pas très glorieux. Elle mobilise toute son arithmétique, le côté père, et tout le reste de son instruction, le côté mère. J’apprends que la famille possède 4 chevaux, 62 moutons, 2 vaches, 500 yaks et 3 yourtes.


Mis en ligne par Eric • Permalink

Dans ce site :

• Parcours lointains en vélo : Albanie, Kirghizstan, Mali
• 2 roues en Espagne : Andalousie, Catalogne, Aragon, Jaen et Grenade, Galice, Monts Universels, Teruel, Valencia
• 2 roues en France : Causses, Cévennes, Massif central, Normandie
• 2 roues au Maroc : Anti-Atlas ouest, Sagho
• Photos de montagne
• Un mois en Éthiopie
• ...

• Les Auteurs