Si vous faites ça, vous pourrez tout faire

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Il était Albanais, parlait bien français, avait fait ses études en Suisse et semblait être un ami de la gérante de l’hostal. Nous lui avons demandé des renseignements sur l’Albanie, quand on y fait du vélo. Il nous en a donné, tout en essayant d’ajuster ses connaissances d’automobiliste. Il était d’ailleurs plus intéressé par le VTT que par le cyclo.

Donc il nous a dit : “Si vous passez le col entre Tirana et Elbasan, vous pourrez tout faire.”

Nous avons d’abord compris qu’il s’agirait d’un test de notre forme physique, car le col culmine à 790 m au-dessus du niveau de la mer, et Tirana doit être à 40 m. Il y a de la circulation aussi, a-t-il précisé. Cela a réactivé en nous quelques craintes.

Qu’il y ait des problèmes liés à la circulation automobile, nous le savions. Et par principe, nous voulions prendre des itinéraires où la circulation serait réduite, voire nulle. Notre Albanais a compris : quand nous parlions d’aller sur des pistes, il approuvait, tout en s’inquiétant du type de vélo que nous avions. Nous l’avons rassuré, uniquement en paroles, parce que nous étions toujours en train d’attendre qu’ils soient livrés à l’hostal.

Cyclistes sans vélos

Au service bagages de l’aéroport de Tirana, le jour de notre arrivée, un samedi après-midi, ils avaient compris le problème “Adria - Charles de Gaulle”, et une solution avait été bricolée. Un agent d’une compagnie aérienne concurrente d’Adria Airlines nous le livrera, contre une rémunération un peu grise. Cela coûtera plus cher que si les vélos avaient été là, à notre arrivée, mais moins cher que si nous avions dû nous débrouiller seuls dans la petite jungle des taxis qui desservent la liaison entre l’aéroport et le centre ville.

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Tirana

Bon, tout n’a pas été sans heurts lors de ce premier contact avec Tirana !

Le chauffeur a essayé de nous déposer devant l’hôtel de son cousin, ou de celui qu’il déclarait être son cousin.

Il a fait semblant de ne pas connaître la rue Elbasanit, où se trouve l’hostal où nous avions réservé une chambre (la rue Elbasanit est à Tirana une rue équivalente en importance au boulevard Saint-Michel à Paris, ou à l’avenue d’Italie, c’est pour dire !)

Volubile, il cause en bien et en mal de son pays, parle de lui-même, ne regrette pas d’avoir abandonné son métier d’ingénieur agronome. Il finit par dire que les Français ont peut-être la culture, mais qu’ils ne payent pas bien, histoire d’argumenter pour une rallonge. Au total, rien que des choses habituelles quand on débarque dans un pays sans être protégé par un organisateur, qu’il aurait fallu payer d’une autre manière. Tout bien considéré, il était sympa, ce chauffeur !

Livraison des vélos faite le lundi, par le même chauffeur et avec les mêmes discussions, nous sommes partis à l’heure chaude, 13 heures. La pollution et les encombrements étaient à leur pic. Le revêtement de la route, une nationale, semblait dès le départ assez irrégulier.

Splendide

55 kilomètres plus loin, le col franchi, la descente avalée debout sur les cocottes, les oreilles bourdonnantes à cause des coups de klaxon, les muscles moulus à force de trépidations que le mauvais état du revêtement nous a fait subir, nous sommes affranchis. Nous avons fait notre première provision d’impressions fortes, des impressions qui seront réactivées tout au long du voyage. On ne peut toutes les lister ici, nous en reparlerons dans les récits suivants. Mais une d’entre elles doit être privilégiée : le paysage est splendide.

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Paysage albanais

Absolument spendide : une route de montagne, sinueuse, avec des raidillons bien marqués par endroit, des vues magnifiques sur des vallées profondément vertigineuses, des panoramas sur des chaînes de montagne dont l’enchevêtrement vous donne l’intuition du mystère.

Qu’y a-t-il là-bas ?

Un village se perche en haut d’un piton, la route fait balcon au-dessus de précipices, les virages s’enchaînent comme dans les plus grands cols alpins.

À l’entrée d’Elbasan, un groupe de gamins juchés sur des VTT rouillés nous a entourés. Ils voulaient nous montrer qu’ils savaient faire du wheeling. Dont actes. Ils savaient… et nous n’étions plus en état de rivaliser.

Note pour les cyclos : un compte-rendu objectivé des risques sur les routes albanaises se trouve à l’écran Notre itinéraire : les faits et la morale de l’histoire


Mis en ligne par Eric • Permalink

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