Route de la soie, de la ferraille et du charbon
Le lendemain, nous troquons les sacs à dos pour des sacoches et partons pour une randonnée à vélo d’une dizaine de jours en commençant par un des tronçons de la Route de la soie. Dernière question avant le départ : les chiens ont-ils la rage ? Réponse rassurante mais prudente de Sergueï : il n’en a jamais vu, mais il ne garantit pas.
Parcours en vélo
La route monte insensiblement vers le Torugart Pass, un col qui ouvre la voie vers la Chine, Les villages sont de plus en plus espacés jusqu’à ne plus en rencontrer.
A la fin de la journée, le trafic de camions est de plus en plus dense, dans un sens venant de Chine et chargés d’anthracite, et dans l’autre venant de Russie et chargés de ferraille.
Route de la Soie ! Nous y sommes ! Quel écart entre le mystère suggéré par l’histoire et la réalité du jour ! C’est plutôt le bruit, la poussière et les échappements de gaz qui assaillent les cyclistes.
Un camion s’est arrêté lorsque nous nous sommes retrouvés avec une roue voilée à cause de la tôle ondulée : mais aurions-nous accepté de monter dans une benne arrière déjà remplie de charbon ?
Il ne restait plus qu’à regarder la poussière, qui se soulevait au vent en volutes terreuses : des formes qui auraient pu susciter l’émerveillement, dans la lumière du soleil couchant, mais la situation…
Grâce à l’aide providentiel d’un couple d’Israéliens, nous gagnons Tash-Rabat, sentinelle historique du passage entre Kirghizstan et Chine. Ancien caravansérail qui servait de relais aux voyageurs, c’était un lieu d’échange. Retour à At-Bachi pour Eric et nuit sur place pour moi.
La nuit fut douce, peut-être sous l’influence bienveillante de la yourte, avec ses chyrdak, des tapis en feutre coloré, et ses parois couvertes de tissus brodés.
Et la matinée fut un de ces moments où la lumière palpable apporte plus qu’une vue spectaculaire sur des paysages illimités, il y eut un souffle, une exaltation.
En empruntant un sentier serpentant au cœur de gorges et de vallées alpestres, je rejoignis le col de Tash-Rabat d’où la vue sur le lac de Chatyr Kul s’étendait au loin, jusqu’à la frontière chinoise.

Lac de Chatyr-Kul
Ce récit : Route de la soie, de la ferraille et du charbon
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