Nanifara et ses lieux publics

au Mali :

La veille, en arrivant à Nanifara, nous nous étions entendus avec Kamessaro, pour visiter le village.

— Que voulez-vous voir ?
— Tout !

Eblouis par les découvertes faites à Dandoko et Sekato, nous avons voulu renouveler l’expérience. Avoir quelques dialogues simples qui apportent tant - nos guides semblaient désireux de parler - mais qui laissent entrevoir un monde d’étrangetés, d’inconnus, de mystères dont on ne peut pas s’approcher.

Il faut commencer tôt dans la journée : le matin, une brume et l’air chargé des poussières agitées par l’harmattan, ne laissent pas voir le disque solaire monter à l’horizon ; c’est l’heure où les habitants ont froid, alors que la température dépasse nettement les 20 degrés. Le soleil reste longtemps flouté par l’atmosphère.

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Clôture ouverte

Nanifara est un bourg plus qu’un village : il y a plus de mille habitants, dont 500 enfants. C’est une mosaïque de terrains familiaux, les concessions, dont les contours ne sont nullement rectilignes. Une clôture de branches ou de tiges en fait la limite. On entre sans avoir à pousser de portail.

Plusieurs cases, chacune pour une composante de la famille, peuvent se faire face. Il y a parfois un puits, parfois des arbres, parfois un ou des greniers dans l’enclos. Kamessaro explique que toute nouvelle famille peut s’installer librement à Nanifara, là où il reste de l’espace, c’est-à-dire partout dans la brousse ; pour les derniers arrivés, ce sera en périphérie du village.

De nombreux cheminements sillonnent Nanifara et se concentrent en rayons vers le forage : une plate-forme au sol cimenté donne accès à la pompe, à laquelle on ne peut accéder qu’après avoir enlevé ses chaussures. La pompe est actionnée par un manche imposant que même les plus petites des filles auront à manœuvrer, en l’agrippant à pleines mains le plus haut possible, puis en sautant, les jambes à moitié repliées, pour le faire descendre le plus bas possible. Il faut ensuite repousser la barre de métal, c’est plus facile, pour recommencer la même figure.

Notre arrivée perturbe manifestement l’organisation : faut-il modifier le tour de rôle que se sont donné les femmes ? De fait, au fil du trajet, en chaque circonstance, la réponse a toujours été oui, mais jamais immédiatement ! Il y a peu de chances que toutes soient d’accord.

Se faire accompagner par un homme du village n’accélérera pas les choses : étranger aux tâches de l’approvisionnement en eau, il ne peut que venir user d’une influence seulement politique pour déranger l’ordre d’un travail, dont il profite par ailleurs. Les exclamations des femmes quand il tend nos gourdes ne laissent guère de doute, quoique formulées en malinké.

Un terrain de football jouxte l’école. Quand nous sommes arrivés la veille en fin de journée à Nanifara, nous avons entendu de très loin, par-dessus les hautes herbes qui bordaient la piste, à peine assourdis par les ramures des baobabs et des manguiers, les cris des gamins aux pieds nus. Le Mali a atteint les demi-finales de la Coupe africaine des nations en 2004, pendant que nous étions à Nanifara.

Une nuée de petits insiste pour savoir si nous apportions notre soutien à l’équipe malienne. Gare à toute réponse de travers. Tous savent que le Sénégal, avec qui le Mali a fait égalité, a écrasé l’équipe française en 2002 lors de la Coupe du monde. Il faut donc se prononcer.

Nous n’avons guère eu de discussions sur l’école, voisine du terrain de foot, et qui comme dans tous les villages traversés, est le bâtiment le plus imposant. A Nanifara, il y a six classes : nous n’en saurons pas plus.

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Ibrahim Sissoko, son frère, sa femme… et enfants

Kamessaro nous guide à travers le village. Parfois j’ai l’impression que nous traversons des concessions, plus que nous ne suivons les rues, jusqu’à la maison du chef du village.

Ibrahim Sissoko est un marabout, il a un certain âge : les civilités sont échangées, les photos sont prises, une fois qu’il a revêtu son vêtement de cérémonie.

Quand il se voit en photo sur l’écran de l’appareil numérique, il sourit. Nous lui disons qu’à Dandoko, nous avons pris des photos du chef pour les mettre sur Internet : il approuve l’idée sans détour, pour Nanifara.

Nous passons par le marché. C’est une place ombragée par des rangées de manguiers bien alignés, nous fait remarquer Kamessaro. L’endroit est manifestement apprécié. Les hommes, assis, discutent. On peut garder un œil sur la route, dont le reprofilage date de 1999, ce qui lui donne encore une viabilité raisonnable.


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