Manantali et les petits verres

au Mali :

Chaque voyage, chaque épreuve endurée loin de ses habitudes, apporte son lot de fantasmes originaux.

Quel voyageur, quel explorateur - tel Leiris qui nous parle de sa Zette toutes les deux pages dans son Afrique fantôme ; ou le capitaine Haddock, dont le voyage perpétuel suscite tant de visions, heureusement assouvies, sur un objet unique, le whisky - n’a-t-il pas eu des idées hors du commun, troublées et troublantes, prenant racines dans les circonvolutions cachées de son esprit ?

Lors de ce voyage, court mais dense, s’est imposée avec force l’envie d’une grenadine à l’eau.

J’ai peu mangé au cours du périple. Un incident digestif à Dakar, puis les efforts non négligeables de la route, ont fermé mon estomac à toute autre nourriture que du lait en poudre délayé dans de l’eau chaude sucrée, quelques bribes des poulets offerts par nos hôtes, une soupe aux haricots dont je garde un souvenir intense aujourd’hui encore, longtemps après Dandoko.

Mais j’ai souvent vu, devant moi, dans la brousse, avec un réel degré de présence, des verres, pleins, parfois à moitié vides, parfois à moitié pleins, ou bien vides.

Le fantasme a été assouvi à Manantali.

Dans le supermarché de la cité des cadres, là où résident les ingénieurs et administratifs du barrage, isolés du reste de la population, les ouvriers, les pêcheurs, les paysans, il y en avait des bouteilles. Elles trônaient derrière la caisse, sur des étagères peu accessibles des clients, voisinant les alcools forts.

Et au même prix !

Nous avons dégusté la bouteille entière, par petits verres, sans s’arrêter, alors que les vélos, non déchargés, se reposaient de toute leur masse sur un mur blanc, face à nous, devant quelques bambous. Le service à thé des nomades mauritaniens, qui avait été acheté dans une boutique tenue par des libanais au cœur du Sénégal, a fait l’affaire : on verse une larme du sirop de grenadine, on rajoute un peu d’eau, il ne reste plus qu’à tremper les lèvres. Je suis certain que des phénomènes de capillarité faisaient naturellement remonter le liquide, du verre jusque dans la bouche où le liquide trouvait sans peine sa route vers le ventre.

Des ondes alors irradiaient !

Jusqu’à un nouvel équilibre.

Avant de repartir !


Mis en ligne par Eric • Permalink

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