Les secrets de Dandoko
Dandoko a une histoire, avec des dates et des événements. La famille du chef Fadyoungou en est fière.
Bougaré était le père du fondateur du village : il vivait à Dombia, une ville située à peu de distance, mais de l’autre côté des falaises de Berreba et Samani.
C’est Fadamoussa Keita qui, au cours d’une chasse, a découvert le site de ce qui allait devenir Dandoko ; il l’a nommé ainsi de dan, le buffle ou la biche, et de doko, la rivière. Une pierre à peine visible, près du fromager au centre de la place, indique sa sépulture.
Plusieurs chefs de village se sont ensuite succédés : Bala, né en 1894 ; Fassalouma, son frère, né en 1903, qui a fait le voyage de La Mecque et a été élève de l’école coloniale de Tintiba ; Fabrama, né en 1917 qui a combattu pendant la deuxième guerre mondiale. Leur tombe occupe une place à l’intérieur du tata, le cercle de pierres blanches qui protège des balles les personnes qui s’y réfugient.

Le Tata de Dandoko
Issa et Fanssoumani nous ont alors demandé si avec ces éléments, on pouvait dater la fondation du village.
— Quelles sont les règles de succession ? je m’enquiers.
— Normalement, c’est le premier fils qui prend la succession de son père.
— A quel âge se marie-t-on ?
— Aujourd’hui, c’est 25 ans, précisent-ils. A l’époque, on ne pouvait pas avant 35 ans, car les hommes jeunes devaient se cacher pour échapper au travail forcé imposé par les colonialistes français.
Nous avons tenté comme réponse l’année 1840, timidement, pas bien convaincus.
La réponse a déçu. Cela ne cadrait pas avec l’âge du fromager, planté lors de la fondation du village, qui pourrait avoir plus de 300 ans !
Dandoko est aussi un village de guerriers. Armés seulement de lances et de couteaux, les hommes de Dandoko se sont battus aux côtés de Samory contre Faidherbe et les envahisseurs français. Les armes des combattants sont encore là, cachées dans les grottes de Berreba, la falaise dont on ne nous permettra pas l’accès.
De nombreux secrets existent encore à Dandoko. Il y a des rites, des mythes, des interdits. Les villages des environs respectent Dandoko. C’est ici que tous se rassemblent, en janvier, lors des fêtes annuelles.
— Pouvez-vous faire quelque chose pour améliorer la vie du village, l’école par exemple ? demande Fadyoungou.
— Non, pour l’école, rien n’est facilement faisable pour nous, nous répondons. Mais nous pouvons parler de Dandoko sur Internet. L’inconvénient, c’est que cela attirera les touristes.
Nous essayons alors de dire que le tourisme change une société, ses mœurs, son fonctionnement. Il le change parce que les touristes détruisent cela même qu’ils croient avoir trouvé : l’authentique, le vrai, la vie non frappée par les maux de la civilisation.
Issa traduit pour Fadyoungou, pendant que s’impose à nous la réflexion que nous sommes déjà bien impliqués ; et qu’il est étrange de dénoncer ce dont nous sommes les acteurs, même si c’est peut-être parmi les premiers.
— Nous savons, répond Fadyoungou, mais nous travaillons pour nos enfants, pas pour nous. Parlez de Dandoko sur Internet !
— Avec des photos ?
Fadyoungou se moque et Issa traduit : “ Vous voulez photographier les vieilles femmes ? “
De notre côté : “ Oui ! Pourquoi pas, mais pas uniquement “.
Un moment. Puis il nous confirme : “ Oui ! “
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