Les hyènes

au Mali :

La savane arborée s’étendait jusqu’au bord de la Falémé, la rivière de l’or, frontière entre le Sénégal et le Mali. Les arbres devenaient plus nombreux, après les longues heures passées à avancer sur un plateau où se joignaient ciel et terre, tous deux troublés de poussières, parfois rayés d’arbustes isolés ; de nouveau, l’espace était envahi par les claquements secs que font entre elles les feuilles de palmier dès que le vent se lève.

Peut-être un peu de fraîcheur entrait par les fenêtres du véhicule. Dramé, le chauffeur, s’engagea avec précaution dans la rampe boueuse qui se terminait dans les flots de la rivière ; bien que sans pièges, la traversée se fit précautionneusement, laissant sur les flancs du véhicule des plaques de poussières mal rincées.

Nous avions bien fait de ne pas commencer le raid dès Kédougou, au Sénégal. Il aurait fallu longtemps avant de rejoindre la Falémé.

— Nous pourrions peut-être nous arrêter camper à Mahina-Mine, suggérai-je, en voyant le jour s’affaiblir. Ciel et terre tendaient à emprunter la même couleur, sombre, celle de la nuit qui tombe.

Dramé accéléra légèrement et gravit la rampe côté Mali, en vis-à-vis de la descente venant de Moussala, le dernier village sénégalais.

— Il y a des hyènes dans cette région, lança-t-il !
— Alors restons dans le campement du village.

Le jour tombe

Le jour tombe

Plusieurs personnes apparaissaient au loin ; on avait un peu de mal à distinguer. Elles semblaient occupées à des tâches quotidiennes. Je pris du temps pour détailler les silhouettes.

— Dans ce village, la nuit, les hommes se transforment en hyènes, ajoute-t-il !

A l’arrière, Nicole persifla : « Bon ! Si c’est uniquement ça, il n’y a pas de risques dans cette région, contrairement à ce que l’on nous avait dit ! »

Est-ce qu’elle était bien dans l’ambiance ? Pourtant, au ton de sa voix, Dramé ne plaisantait pas. Chauffeur et guide, il n’envisageait pas de rester sur place. Aucunement.

Je sentais monter en moi une inquiétude, fugace mais réelle.

A notre départ de Paris et même à Dakar, nous avions dû essuyer une litanie de questions sur les dangers de la nature africaine :

— Vous n’avez pas de fusil, pas de machette… !
— Non, rien de tout cela… peut-être un canif à virole.
— Mais les lions, les éléphants …, demandaient les gens de Paris.
— Et les cynocéphales ! » soulignaient avec plus de pertinence les gens de Dakar.

Ceux-là savent bien que les colonisateurs avaient tellement chassé les grands fauves dans la région qu’il n’en reste plus un seul. Juste les charognards, maintenant.

Personne, cependant, n’avait parlé des hommes-hyènes.

Dramé insista : « Allons jusqu’à Kéniéba, c’est le chef-lieu ; ne restons pas près de ces villages ! »


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