Les dernières nouvelles de Bishkek
Bichkek, la capitale, ne correspond pas aux clichés sous-titrés « Asie centrale » : des rues aussi rectilignes que les avenues, beaucoup d’espace vert, des canaux pour rafraîchir l’atmosphère pendant les journées d’été, des filles portant juste le bout de tissu nécessaire pour pouvoir s’appeler mini-jupe, des prix affichés même sur les marchés périphériques, une circulation relativement policée, une université réputée au-delà des frontières.
Différents groupes ethniques coexistent : 50% de Kirghizes, 30% de Russes et des minorités, Ouzbeks, Ouïgours, Ukrainiens, Allemands et Coréens qui ont choisi de vivre et de laisser vivre. Le pays vit en paix.
Mais ceci n’est-il pas une apparence ?*
Beaucoup de canaux sont bouchés par manque d’entretien. Peu de circulation car peu de voitures et beaucoup de véhicules sont en mauvais état. Les tenues légères de femmes ne sont-elles pas un moyen de s’en sortir ? Et que font les diplômés de tous leurs savoirs?
Les populations non kirghizes, russes ou allemandes, arrivées au cours du XXème siècle, en plusieurs vagues d’immigration, parfois forcées, parfois volontaires, n’essayent-elles pas de retourner dans leur pays d’origine ?
La statue de Lénine a été déboulonnée de la place Ala-Too, et remplacée par la statue de la liberté. Cris des Bichkekois : encore des dépenses inutiles et on renie notre passé !
Lénine reste cependant bien présent dans le pays : un culte maintenant historique. La moitié du Musée national y est consacrée, au premier étage. Le reste du Kirghizstan, géographie, histoire, culture, occupe l’autre moitié, au second. Statuaire imposante, fer, cuivre, béton au premier étage… terres, pierres et indices incertains d’une histoire mal connue au second.

Musée National
C’est vendredi, l’avant-veille de la fête nationale du 31 août, journée célèbre pour ses courses de chevaux, l’honneur national.
Les musulmans sont autorisés à faire leur prière sur la place Ala-Too (Too, c’est-à-dire montagne) et le shuros est gratuit. Le shuros, une des boissons préférées de certains Bishkekois, est à base de céréales moulues, fermentées et légèrement alcoolisée.
Tatiana, étudiante guide au français quasi-parfait, me raconte qu’auparavant, cette place était un parc où tout un chacun aimait prendre le frais et que, pour répondre aux normes esthétiques soviétiques staliniennes, il a été rasé et remplacé par une esplanade où plus un passant ne s’aventure sans espérer en sortir au plus vite.
* Ce texte a été écrit en octobre 2003
Ce récit : Les dernières nouvelles de Bishkek
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