L’école de Dandoko et la falaise de Berreba

au Mali :

A Dandoko, deux mondes se côtoient.

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Salle de classe à Dandoko

L’école primaire est située un peu à l’écart du village, les bâtiments sont les plus grands de Dandoko. Elle a été créée juste avant l’an 2000. Un mât portant le drapeau malien est planté au centre de la cour de récréation, que rien ne sépare de la brousse environnante.

Il y a trois bâtiments, avec 60 à 80 élèves par salle. Les élèves sont assis sur des bancs directement taillés dans un tronc d’arbre ; il en va de même des bureaux, ce sont de simples planches posées sur deux piles de moellons en terre séchée : les écoliers peuvent juste y poser leur cahier fourni par l’Etat malien. Quelques manuels sont disponibles. Un tableau noir fait face aux élèves, des morceaux de craie attendent sur le bureau du maître : on est bien dans une salle de classe.

Chaque instituteur s’occupe de deux classes simultanément. On nous désigne les meilleurs élèves, que nous devons féliciter.

Notre visite a imposé le silence… jusqu’à ce que l’heure de la récréation sonne : cela débride les enfants. Tout est alors devenu un délire, une tempête, une clameur, dont nous étions le centre, malgré nous. Pour rétablir le calme, les instituteurs déclarent qu’il faut les photographier près du drapeau malien.

Nous nous sommes exécutés.

Par derrière, la falaise de Berreba ferme l’horizon au nord du village. Issa, l’interprète du chef Fadyoungou, a alors décidé de nous y conduire.

Il entraîne Antoine, l’instituteur stagiaire venu de la ville, Bamako, et frais émoulu de l’Institut de formation des maîtres. Antoine avouera n’être jamais sorti des limites du village depuis qu’il est arrivé à Dandoko.

— C’est normal, réplique Issa, seuls ceux qui sont nés au village ont le droit d’aller dans les pentes qui mènent à la falaise.

L’itinéraire emprunte des terrains accidentés, nous marchons sur de grandes plaques de pierre inclinées, entre des blocs aux formes tourmentées. L’air devient rapidement très sec.

Entre Issa et Fanssoumani, une querelle de phrases s’égrène :
— Le chef a bien dit que l’on pouvait parler de Dandoko sur Internet, mais il n’a pas dit que l’on pouvait conduire des étrangers à la falaise. C’est interdit ! Le Conseil du village pourrait décider mais il ne l’a pas fait, répète Fanssoumani.
— Il faut faire connaître les secrets de Dandoko, insiste Issa.

Nous poursuivons un chemin sinueux : Issa montre l’entrée de grottes, et Fanssoumani obtient de lui que l’on ne s’en approche pas. La discussion repart quand nous arrivons dans une ravine bordée de falaises dont les parois sont un empilement de plaques rocheuses. Pour Fanssoumani, c’est dangereux ; pour Issa, ce ne l’est pas. Nous ne saurons pas si c’est le seul risque de perdre son équilibre ou si c’est l’effroi de dévoiler des secrets qui aura engendré ces escarmouches.

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La savane vue de la terrasse rocheuse

Après un arrêt sur une terrasse rocheuse, en surplomb au-dessus du village, le regard plongeant vers la brousse dont les formes se noient dans une poussière soulevée par les vents, les guides conviennent de redescendre.

Nous n’avons pas approché les sanctuaires.

Au fil de la descente, l’ambiance se fait plus narquoise.

Les deux natifs du village s’entendent pour assaillir de paroles Antoine, le citadin, le jeune instituteur, tout désigné pour être le porteur de la science et de la raison.

— Tu ne dois pas toucher ces monceaux de pierre ou chercher à en déplacer, assure l’un en indiquant un cairn. Une magie s’y trouve.
— Oui, persifle l’autre, les riches du village énoncent cet interdit, mais c’est pour garder en dessous, bien à l’abri, leurs richesses. Qu’en penses-tu, toi Antoine, l’instituteur ?

Antoine argumente : il sait très bien de quoi il retourne, avec les sorts. On ne la lui fait plus !

Issa et Fanssoumani ajoutent :
— Dans ces arbres se trouvent les abeilles qui protègent les habitants de Dandoko, et eux seulement, s’ils sont accusés devant un tribunal.
— Toi, tu ne pourras jamais voir ça, mais tous tes élèves le savent !
— D’ailleurs, les abeilles attaquent tout étranger qui s’aventure ici avec de mauvaises pensées.

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Issa met Antoine à l’épreuve

Nous atteignons une source cachée dans un repli de falaise. Elle reste en eau longtemps dans la saison sèche.

Antoine est épuisé de soif, après cette randonnée en pleine journée.

— Si un étranger boit cette eau, déclare Issa en plongeant sa main dans la vasque, il aura des boutons toute sa vie.
— De plus, il n’aura plus le droit de quitter Dandoko, ajoute Fanssoumani.

Antoine n’a pas commenté : il a bu l’eau.

Nous, de notre côté, n’avons pas eu à réfléchir aux conséquences de nos actes : nous avions pris nos gourdes.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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