Kichi-Naryn
Le lendemain, passage d’un col avec vue spectaculaire sur les Naryn-Too, une chaîne rectiligne aux sommets tous égaux sauf un, qui fait 500 m de plus que les autres.
Descente du col et de nouveau arrivée dans une immense vallée-cirque, qui se termine par un défilé.
Nous débouchons alors dans la zone aride de Kichi-Naryn, traversée par le Naryn, large rivière dont les flots vont irriguer les plaines cultivées de la Fergana, puis s’épuiser dans les déserts du Kyzyl-Koum, pour s’évanouir dans la mer d’Aral : c’est, sur les cartes du monde, le Syr-Daria.

Vallée de Kichi-Naryn
Pour la nuit, nous préférons rester près d’une petite maison isolée : une famille y vit, bergers et cavaliers. Nous y retrouvons, peu importe le gel et le givre qui ont enveloppé le camp, la chaleur et le sens de l’accueil : échanges de gestes, de cartes postales, de pain cuit sur le moment et de chocolat apporté de France.
Au lendemain, ce sera à l’entrée de ce que nous verrons comme le Désert des tartares, une longue vallée bordée de reliefs enneigés, que nous aurions dû suivre jusqu’au Tossor pour redescendre sur Issyk-Kul, le lac au centre du Kirghizstan. Le temps des vacances touchait à sa fin. Saisis par le regret, nous prenons l’embranchement qui nous ramènera vers le principal axe routier du pays.
Notre programme n’a ainsi pas été réalisé dans sa totalité, mais l’effort a été réel, sans toutefois être un exploit : appuyer sur les pédales sur des pistes situées entre 2000 et 3600 mètres, vivre en montagne… les jambes se sont durcies au cours du raid, les bras également.
Il faut toujours tenir un guidon et bien souvent, se tenir au guidon.
Plusieurs villages sont traversés sur la route du retour ; au fil de la piste, nous longeons la cour de récréation des écoles ; peu de choses les distinguent des steppes alentour.

En passant devant une école
Les gamins font la course avec nous, à pied, à cheval.
Les gamines, le visage découvert comme leurs mères, sont en uniforme mais coquettement décorées de pompons multicolores dans les cheveux. Elles ne se font pas prier quand on leur demande si on peut les prendre en photo.
Inutile de parler la même langue. On se comprend.
Routes, retour, délais ne favorisent plus le détachement. Notre liberté est restée dans les hautes vallées.
La bulle nomade que nous avions créée éclatera au contact des villes, des aéroports, des douanes qui nous feront rentrer dans le réel.
Nicole et Eric
Ce récit : Kichi-Naryn
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