Kéniéba, capitale noir et or
Nous sommes arrivés tardivement à Kéniéba, le chef-lieu. Il n’y a pas d’éclairage public. Dramé a victorieusement franchi un contrôle de gendarmerie à l’entrée de la ville. Il se dirige dans le dédale des carrefours et des rues. De très modestes lumières scintillantes peuvent indiquer les habitations : je ne sais pas distinguer si elles s’échappent par une fenêtre, une porte, une allée.
« J’ai fait connaissance d’une famille il y a plusieurs années, quand je revendais de l’or » dit-il. Il s’arrête à l’entrée d’une cour : on distingue plusieurs groupes rassemblés autour de petits feux.
Dramé se fait reconnaître.
L’hospitalité est accordée. Ce sont les femmes qui décident, à plusieurs : on nous attribue une maisonnette, avec un toit en chaume où les grillons chanteront toute la nuit. De l’extérieur, on entre dans un petit patio : à gauche de la porte, on nous indique le canari, une jarre où l’eau reste fraîche. L’accès à la chambre est défendu par un seuil surélevé, infranchissable par les animaux.
Après la nuit, le matin, un peu déboussolés, nous déchargeons les vélos ; il y a un moment d’angoisse avec la recherche d’un des boulons de moyeu, une pièce absolument indispensable : il était tombé sur le plancher du véhicule après s’être dévissé dans les cahots et les secousses de la piste. Une atmosphère d’abattement nous envahit par la suite quand nous constatons le poids du chargement, pourtant réduit.
Dramé observe.
Il propose de nous suivre en voiture, de préparer un accueil à chaque étape. Ce n’est cependant pas dans nos plans.
« Ne dormez pas isolés dans la brousse, conseille-t-il, quand il voit notre tente. Allez dans les villages ! »
Plusieurs échanges de civilités s’établissent avec nos hôtes : les courts dialogues sont bienvenus ; on nous propose avec chaleur de prendre notre temps.
Nous décidons de partir vite, pour ne pas céder à la tentation.
En sortant de Kéniéba, par la route du sud, aux premiers tours de roue, nous comprendrons que l’harmattan, le vent de saison, vient de face.

Allez dans les villages !
Ce récit : Kéniéba, capitale noir et or
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