De Gjirokaster à Saranda

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Nous voyions cette étape comme une étape de liaison, sans grand intérêt. Ce fut plus agréable que ce que nous avions imaginé.

On emprunte d’abord une route de “classe européenne”, qui mène en Grèce. Droite, large, avec de larges bandes latérales qui sont très bienvenues pour les cyclistes. On grimpe ensuite le col du Muzinës, altitude 572 mètres, et on redescend jusqu’au niveau de la mer, dans un paysage qui devient de plus en plus méditerranéen. Le route est bonne, agréable, peu fréquentée sauf aux abords immédiats de Saranda.

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Église de Mesopotam

L’église de Mesopotam, construite au 12ème siècle, est posée au centre d’une plaine cultivée et bien irriguée.

Elle vaut la peine d’un détour qui fera à peine 300 mètres. Elle a une double nef, ce qui est rare. On ne peut malheureusement pas en voir l’intérieur, tout est fermé.

Sur les murs d’enceinte, sont sculptés des bas-reliefs représentant des animaux plus ou moins fabuleux.

Les seuls fidèles semblent être des moutons, réunis en denses troupeaux, comme on voit partout dans cette Albanie, rurale et pastorale.

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Kulture Monument

En poursuivant la route vers Saranda, on peut voir des murs en ruine, que le goudron de la route frôle, et qui signalent l’implantation de cités aussi anciennes que l’occupation romaine.

Nous avons peu d’information sur ce site, pas mieux mis en valeur que bien des sites d’intérêt culturel en Albanie.

À noter : les monuments historiques sont affublés d’un panneau affichant en gros les mots KULTURE MONUMENT, ce qui laisse une impression étrange à un Français.

Saranda

Saranda est une implantation urbaine qui remonte bien avant l’arrivée des colons romains dans ces contrées. C’est aujourd’hui un mélange immobilier qui s’inspire de Benidorm, de Nice et de Las Vegas. Les immeubles y poussent comme les champignons dans un sous-bois en automne.

L’urbanisme semble anarchique (ou plutôt il repose sur le principe du remplissage maximal, la baie de Saranda ayant un périmètre limité). Faut-il d’ailleurs parler d’urbanisme dans ces conditions ? La circulation doit y être infernale en période touristique. Elle l’était déjà en période non touristique, avec juste comme visiteurs nous deux et quelques rares autres, l’essentiel de la population étant à ce moment composé de maçons, charpentiers, conducteurs de camions-benne.

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Saranda, et sa simulation d’un port de pêche

Quelques vestiges historiques, les fondations d’une basilique datant des premiers siècles de notre ère témoignent de tout ce qui a disparu dans les fondations et parkings béton des immeubles récents.

Saranda a une vocation touristique affirmée, c’est l’office du tourisme le dit. Les Albanais y trouvent lors de séjours de courte durée un climat qu’ils n’ont pas ailleurs dans leur pays ; les touristes en goguette basés à Corfou y viennent boire des bières peu chères. Il y a peu de temps, ils croyaient pouvoir s’encanailler dans un pays communiste.

On est dans un monde extravagant. Les restaurants déclarent avec force que leur poisson ne vient pas d’Albanie, ce qui peut être vrai car les Albanais ne semblent pas être un peuple marin. Mais est-ce vendeur pour deux Français isolés, venus voir de près ce pays ?

Ils ajoutent que leurs vins et leurs bières viennent aussi d’autre contrées, Kastilo del Diableau, Aillenequenne, Amestèle, etc. Quel dépaysement ! Ont-ils bien tout compris ? Leur marketing fait-il la distinction entre touristes locaux et touristes étrangers ? N’ayons pas d’inquiétude, car toute la science de la survente viendra avec la construction du nième immeuble de 20 étages à Saranda.

Note : nous avons quand même pu goûter un remarquable vin local, de Delvina, aux goûts de cuir, proches de certains vins espagnols.

Stop aux commentaires négatifs.

Au fond, peu importe ce qu’il adviendra de Saranda, ce sont les Albanais eux-mêmes qui sont les seuls à décider de l’aménagement de leur pays, et les sentiments d’esthète étranger pèsent peu face à la prospérité nouvelle qu’ils recherchent.

Ainsi, à Saranda, les hébergements sont confortables et point trop chers (20 euros, chambre double tout confort, avec petit déjeuner, prix hors saison). Les restaurants de poissons abondent, à chacun de trouver celui qui lui plaira.

Magique

Enfin tard le soir, quand les monstres techno-pneumatiques du BTP cessent leurs mugissements et leurs tapements, quand le dernier ferry pour la Grèce a exhalé son râle de départ puis disparu à l’horizon, Saranda redevient un endroit magique.

Dans les eaux noires de la baie, se disputent au gré des vagues les reflets de la lune et ceux des lumières de la ville. D’étage en étage jusqu’aux sommets des collines côtières, les néons des commerces, les éclairages de la rue et les lueurs qui se hasardent hors des logements se composent en guirlandes, en bouquets et en massifs de couleurs.

Les éclats de lumière masquent le béton, transfigurent la cité, la rendent mystérieuse et attirante. Au large, se dessine le ruban lumineux qui borde les côtes de Corfou et on s’essaie même à discerner d’imprécis contours, là où émergent les petites iles d’Erikousa et d’Othoni.

L’ensemble est féérique.


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