Précisions pratiques et philosophiques

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1/ Nous sommes arrivés au Maroc par avion, à l’aéroport d’Agadir. Nos vélos ont été considérés par la compagnie aérienne comme des bagages normaux (Royal Air Maroc, à la différence des autres), donc sans facturation particulière tant que l’on reste en deçà des 20 kg par personne.

2/ Nous avons utilisé des cartes routières (IGN et Berlitz), assez peu informatives pour le détail des itinéraires que nous avons faits mais cependant suffisantes si l’on complète en posant des questions à droite et à gauche. Nous avons utilisé aussi le tome 2 des Pistes du Maroc, de J. Gandini, très utile une fois que l’on a compris que sont bien différentes l’approche d’une piste par un vélo et l’approche par un tout-terrain.

3/ Beaucoup d’interlocuteurs parlent bien, ou très bien, le français. C’est normal, notamment quand on suit les routes qui sont celles des visiteurs, des touristes. Si l’on quitte ces routes, et parfois il suffit d’un écart de un kilomètre, la situation change. Plusieurs fois, alors que nous avions voulu parler français, nous avons simplement été dirigés vers le maison ou la boutique où c’était possible.

4/ Il est bon d’avoir une philosophie de l’argent. C’est utile pour tous les voyageurs venant de pays riches qui randonnent, hors voyages organisés, dans des pays pas riches voire pauvres. Une philosophie de l’incertitude.

Philosophie de l’argent : l’incertitude

Un café au bar d’un bistrot parisien vaut 1,2 euros soit à peu près 13 Dihrams alors que le salaire horaire minimum marocain est de 3,20 Dh (valeur 2007), soit 4 heures de travail ! Au bistrot marocain, le prix d’un thé à la menthe va de 3 à 5 Dh.  L’Anti-Atlas est à la fois un pays de villages et de nomades, dont la vie économique n’est pas monétarisée, et de vendeurs de tapis pour étrangers qui vivent et font vivre le pays de bonnes opérations commerciales.

Alors, que de questions !

Faut-il se laisser voler de 20 Dihram (moins de deux Euros) par le personnel des autocars interurbains, qui en a certainement besoin, mais qui n’applique pas le prix officiel. Que penser d’une nuitée en hôtel quand les prix vont du simple au quintuple, pour des prestations semblables ? Que penser d’un trajet ville - aéroport à 200 Dh quand un trajet en taxi de même classe coûte 140 Dh pour 80 Km (par exemple, d’Agadir à Tiznit) ?

Comment répondre à la question du prix français des vélos (en l’occurrence, des machines très basiques, le mien a été acheté en 1999 1700 FF) ? Faut-il dire 900 heures de salaire minimum local, ce qui est arithmétiquement vrai mais aberrant, ou environ 30 heures de salaire minimum français ? Comment se sortir des griffes d’un marchand qui tout souriant, propose un tout petit tapis au prix de 8000 Dh ? Faut-il négocier pour gagner 10 Dh sur un transport en taxi ?

La vie du voyageur indépendant, hors tour organisé où tout est payé d’avance (en principe), est pleine de questions de ce genre. L’argent n’est pas le même pour tous. Très peu pour nous, les riches, cela reste beaucoup pour eux, les pauvres. Jusqu’où faut-il se quand même faire respecter, ne pas se faire avoir ? Faut-il se faire avoir en se disant qu’une part des sommes sert à des choses vraiment utiles ?

La philosophie serait celle-ci : garder le sens de l’humain, se méfier des filous, négocier pour se faire respecter, accepter les vertiges et les contradictions, ne pas être trop rigide.

Ce sont des principes, pas des règles.

Il faut en parler !


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