L’Anti-Atlas, aux confins du Maroc
L’Anti-Atlas ne peut être qu’une destination de rêve, tous les voyagistes vous le diront. « Prenez notre quatre-quatre rutilant et voyez nos oasis perdues, avec nos romantiques palmiers, nos farouches casbahs perchées sur des crêtes montagneuses, nos villages où résonnent encore les fureurs des combats d’antan, nos sauvages vallées qui entaillent d’arides plateaux et mènent jusqu’aux confins du Grand Désert, et des amandiers tout en fleurs et et… et patati et patata… »
Mon dieu, que ne suis-je pas en train d’écrire ? Serais-je prêt à postuler pour un boulot de com’ ? Dois-je me faire accompagnateur de touristes à ébahir ? C’est en effet ça, le marketing de l’Anti-Atlas. Des mots, des rêves, des mots, un chèque, des mots… et la réalité!
Car l’Anti-Atlas existe bien, mais il peut être vu d’une autre manière et pour cela, la bonne idée, c’est d’aller y faire du vélo.
Du vélo, soit ! Mais mêmes montagnes, mêmes oasis, mêmes palmiers, mêmes casbahs, mêmes vallées, mêmes amandiers… pourrait-on dire, alors où est la différence ?
La différence
La différence, elle est dans les pieds, dans la poussée sur les pédales, une jambe après l’autre. Elle est dans les mains qui serrent, tous tendons tendus (!), les poignées du guidon.
Elle est dans le soleil, elle est sur la peau qui se hâle du matin jusqu’au soir. Elle est dans le vent, elle est dans le filet d’air qui s’écoule autour du cou, quand on s’engage dans une longue descente. Elle est dans la sensation rugueuse, sous les roues, du cailloutis qui parsème la piste.

En vélo
Elle est dans le goût du thé à la menthe que l’on aspire avec prudence, la gorge desséchée d’avoir trop respiré l’air du désert, dans un microscopique café de village, sous les yeux de gamins qui vont immanquablement dire : « Monsieur, donne-moi un stylo s’il te plaît ! »
Elle est dans le flou qui remplace l’horizon, là où les jaunes et les ocres de la terre sèche essaient de rejoindre le bleu du ciel. Elle est dans les plissements montagneux, dans les parois rocheuses courbées, tordues, cassées, que l’on a tout le temps d’admirer. Elle est dans l’arbre dont on s’approche mètre après mètre, le seul qui ait réussi à se nicher entre sables et roches.
Elle est dans le petit hôtel où le patron prépare lui-même les tajines en évoquant les années passées dans une usine ou une mine, quelque part en Europe.
La différence, elle est dans la lenteur du véhicule, dans les sensations du cycliste, dans la discrétion de son approche, dans la politesse de ses attitudes.
L’Anti-Atlas, mais où est-ce donc ?
Mais où est donc l’Anti-Atlas ? Il est temps de le dire. L’Anti-Atlas est au Maroc. C’est une chaîne de montagne située tout au sud du pays, proche de la frontière avec l’Algérie et à la limite du Sahara.

L’Anti-Atlas
L’Anti-Atlas a eu une certaine réputation en France. C’était là où se trouvaient les confins des terres de l’empire, l’une des dernières terres à conquérir. C’était la terre des Chleus, des Berbères qui ont défendu, au cours des siècles, leur indépendance. C’était un enchevêtrement de montagnes impénétrables, connues de leurs seuls habitants. C’était un lacis secret de pistes muletières entre villages fortifiés. C’était le pays de la guerre.
Ce n’est plus cela ! L’Anti-Atlas est devenu une région aimable, ouverte à tous, pacifique. Les visiteurs y sont les bienvenus. On peut y circuler librement, on peut y rouler tranquillement, on peut s’arrêter facilement. Il y a des hébergements, qui vont du serial hôtel à touriste à l’hôtel de campagne, jusqu’au camping, gardé ou sauvage. On trouve de l’eau en bouteille et de la nourriture partout. Il n’y a pas de journée où personne ne viendrait vous demander qui vous êtes, ce que vous faites et vous souhaiter la bienvenue.
Nicole et moi, nous y avons passé une vingtaine de jours, en octobre 2008, à y faire du vélo. Les textes qui suivent décriront l’itinéraire (kilométrage, difficulté, hébergements) et donneront des remarques subjectives, sans prétention autre que de traduire nos sentiments et nos impressions.
Ainsi, les thèmes abordés seront divers :
les grands taxis,
la conduite marocaine sur route,
le pêcheur grammairien,
la relation de confiance,
la différence entre les cailloux et les galets,
la poussière du désert,
les factures d’électricité,
les monsieurs oui-oui,
le marketing de l’aventure,
la touffeur et la pluie,
la définition du désert,
la disparition des pistes,
l’architecture berbère,
un livre culte,
etc.
Ce récit : L’Anti-Atlas, aux confins du Maroc
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