La mécanique, le tapis et l’itinéraire

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Tafraoute - Tissrirt - Tafraoute (40 km de route, 800 m de dénivelée)

Demi-journée de mécanique suivie d’une sortie vers 13 h, l’heure des chaleurs. Uniquement pour faire les réglages, nous disions-nous, mais la sortie s’est soldée par un col de 800 m en aller-retour.

Il est judicieux d’avoir ses propres outils et de savoir faire ses réglages car les vélocistes du coin ne connaissent pas nécessairement le type de matériel qui est le vôtre. Il est bon aussi de trouver un lieu couvert car la mécanique en plein soleil, c’est franchement pénible.

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Les lacets de Tissrirt

La route vers Tissrirt est sans risque car archi-sinueuse et bien pentue, les voitures et camions ne se risquent à aucune folie, ce qui est tant mieux pour nous, les vélos.

Les paysages y sont très beaux !

Les tapis

Le matin, le soir, nous avons beaucoup parlé à Tafraoute, du moins avec des vendeurs et des rabatteurs. Touristes à tapis, voilà comment nous étions vus, sur place. Pour nous défendre, nous avions un argumentaire - nous sommes des cyclistes et nous ne pouvons pas nous encombrer d’achats - qui n’a malheureusement pas tenu longtemps. « Qu’à cela ne tienne, la réponse fusait, nous savons très bien faire des paquets qui partiront par la poste. »

Ils allaient plus loin : « Nous voyons bien que vous n’êtes pas de ces passionnés du shopping, des objets d’artisanat, mais venez voir et l’impulsion, l’envie vous prendra peut-être. C’est sans engagement ! »

Nous avons cédé aux pressions, un peu, et là, dans les salles d’exposition, il y avait autant de mots que de choses. L’un des mots nous a marqués : « N’ayez ni confiance, ni méfiance ! » C’est un vendeur de tapis qui l’a lancé alors que nous avons idiotement laissé quelques secondes nos affaires sans surveillance.

Nous n’avons pas acheté de tapis, nous sommes sortis du magasin, nous étions en plein soleil et le vendeur de tours en quatre roues tout-terrain, les fameux 4X4, nous a alors abordés. Il nous a proposé de venir à l’ombre, dans son agence, dont le nom contient le mot Aventure.

L’itinéraire

Dans ce cas de figure, notre argumentation était forte, croyions-nous : « Nous sommes des cyclotouristes, nous n’avons pas besoin de 4X4, nous voulons faire la route nous-même. » Simples d’esprit que nous étions !

- Bien évidemment, vous ferez du vélo, répondait-il, mais si vous utilisez notre 4X4, vous irez plus loin.
- Certes, mais nous sommes venus ici, pour faire des parcours dans cette région, pas pour aller plus loin.
- Sans aucun doute, mais nous pouvons vous emmener dans les meilleurs endroits.
- Nous savons déjà où nous voulons aller.
- Nul doute ! Où allez-vous ?
- Dans l’assif N’Int ou l’assif Smouguen !

Nous cherchions à impressionner en faisant état d’une supposée connaissance de la région. C’était du bluff, car justement nous voulions des informations. Difficile exercice : obtenir des informations, sans reconnaître qu’on ne les a pas, par exemple en faisant croire que l’on en a déjà suffisamment, le tout pour éviter que l’interlocuteur ne se positionne comme celui qui a toutes les informations nécessaires. Et vende son service.

- L’assif N’Int, cette piste, vous ne passerez pas !
- Mais il y a un Suisse, nous l’avons rencontré, qui vient de la faire !
- Pas avec vos vélos !
- Ah !

Nous sommes impressionnés. Peut-être au fond ne passerons-nous pas !
- Pas avec vos roues ! Il faut des pneus plus forts.

Il a senti qu’il pouvait avancer un pion. Il faut sourire et changer de terrain.
- Alors, l’assif Smouguen. Il y a un gîte, à Igmir, je crois.

Nous n’en sommes pas très certains.
- Oui, mais le gîte est cher.

Voilà au moins une information, partiellement négative, mais une information quand même. Le gîte existe. Nous reprenions le dessus, il l’a senti.
- Vous savez, les montées sont raides et comme nous sommes début octobre, il fera très chaud, alors qu’en utilisant notre 4x4, vous vous épargnerez ce problème.

Faire les montées en voiture et les descentes en vélo ? Quelle proposition ! Non, c’est impossible, ce serait une forfaiture ! En vélo, on fait et les montées et les descentes. Sur ce point, il choque nos principes et son autorité s’affaiblit. Est-ce qu’il nous prend pour des VTTistes ?

Il poursuit.
- Moi, à votre place, je serais venu plus tard en saison, fin octobre ou début novembre. Ou en février, parfois ça caille, mais c’est bien.

Il aimait dire « ça caille » ; il l’a répété. Il a peut-être raison, nous n’en savons rien, mais c’est ici et maintenant que nous sommes à Tafraoute.

Nous nous sommes salués, nous nous sommes fait des civilités, nous nous sommes quittés. Le principe devenait clair : à chaque étape, on se renseignera sur la suivante.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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