Igmir ! Igmir !
Igmir - Tamanart - Igmir (53 km de piste tantôt roulante, tantôt en fond d’oued)
Prenant acte des talents exceptionnels de la cuisinière, nous sommes restés deux nuits au gîte d’Igmir. Cela ne veut pas dire que nous n’avons rien fait de la journée. Mais cela ne veut pas dire non plus que nous avons fait quelque chose. Paradoxe !
Nous voulions rejoindre un festival de marabouts, à l’entrée de la vallée de Tamanart, pour voir, pour participer à la fête.
Et hop, nous sommes partis le matin, après un petit-déjeuner dont il faudrait changer l’adjectif, et dire un gros-déjeuner (mais cela n’a plus aucun sens ! Faudra-t-il alors dire un gros petit-déjeuner ?)

Igmir est là-bas, tout au bout.
C’était parti pour être une petite balade de 50 km, telle était l’impression qui se dégageait après quelques coups de pédales sur la piste, en terre sèche, avec un sol régulier et ferme, sans irrégularités, un peu comme les allées tracées dans les forêts d’Île-de-France. Tamanart était à portée de main.
Certes, par moments, la piste traversait le fond de l’oued, un lit à sec, avec caillasses et galets, et changeait de rive. La vitesse aidant, ces délicats franchissements pouvaient être négociés avec quelques poussées bien senties sur les pédales, petit plateau et grand pignon. Tout allait bien donc, nous avons traversé quelques villages à moitié vivants, à moitié abandonnés, avec quelques maisons neuves bâties par ceux des habitants qui ont pu faire fortune, loin de leur village natal, des « patrons » selon les termes d’un monsieur oui-oui rencontré à Igmir.
En sortant d’un village, nous avons descendu un petit raidillon et nous nous sommes retrouvés dans le lit de l’oued, toujours à sec, bien sûr. Nulle piste ne s’échappait sur une rive ou l’autre, il fallait continuer dans le fond de l’oued !
Une piste de fond d’oued est sans doute un des terrains les plus délicats pour des vélos : la nature n’a rien prévu pour les deux-roues et ne laisse que le choix entre des zones de cailloux et des zones de galets.
Les cailloux et les galets
Les cailloux sont petits, bien ronds et bien polis et ils fuient sous les pneus dès que l’on s’avise de donner un coup de pédale trop énergique. Il faut donc arriver à maintenir en douceur une vitesse minimale. Il faut surtout bien choisir ses passages. Mais les cailloux finissent toujours par gagner la lutte : leur arme fatale, c’est de laisser la roue avant d’enfoncer, jusqu’à ce que tous les efforts du cycliste semblent alors destinés à faire pénétrer le vélo dans le sol. La perte d’équilibre est inévitable, et sans danger vu la vitesse à ce moment.
Les zones de galets ne valent guère mieux. Dans les fonds d’oued, ce sont de bons gros galets, tout aussi ronds et polis que les cailloux, qui donnent au cycliste l’impression de sautiller avec son vélo. Ils savent traîtreusement faire riper la roue arrière vers la droite ou vers la gauche, avec la perte d’adhérence qui s’ensuit et une dépense d’énergie inutile, causée par l’illusion que l’on va rattraper les choses. Comme les cailloux, les galets finissent toujours par gagner.
Il n’y avait plus qu’à marcher en poussant le vélo. Ainsi fut fait, à la vitesse d’environ 5 km/h, avec tout le loisir possible pour regarder les paysages du canyon.
Nous en sommes venus à souhaiter qu’un saut, une cascade barre l’oued, forçant la piste à passer sur une rive, avec un tracé plus confortable pour nous. Hélas, non !
Quand nous sommes arrivés à Tamanart, en début d’après-midi, il était temps de repartir, si nous voulions rejoindre le gîte avant la nuit et de nouveau, profiter des petits plats préparés par la cuisinière (couscous la veille, tajine ce soir-là, thé à la menthe et gâteaux tous les jours).
Nous n’avons pas pu savoir en quoi consistait ce festival.
Au retour, nous avons pris une averse. À Igmir, le patron du gîte nous a parlé de ses dépenses d’électricité. « Elles sont élevées » nous a-t-il dit, l’air contrit. C’est donc un sujet commun au Maroc et à la France. « Ce n’est pas un système avec des compteurs à domicile, c’est un système à carte prépayée. » Bien ! « Un système qui vient de France » a-t-il ajouté. J’ai bien cru déceler une certaine mélancolie dans la remarque mais c’est peut-être une interprétation. D’ailleurs, il n’avait pas émigré en France, mais en Belgique et avait travaillé 25 ans dans les mines de Charleroi, avant de revenir au pays et de monter son gîte d’étape. Il a continué en précisant qu’il fallait faire 100 km pour acheter ces cartes, que le village devait organiser un voyage groupé pour l’ensemble des habitants et qu’il était le plus gros consommateur du canyon.
Risque nul sur cette piste parce que les véhicules, quand il y en a, ne peuvent pas dépasser les 20 km/h.
Ce récit : Igmir ! Igmir !
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