De Tafraoute à Igmir

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Tafraoute - Igmir (70 km de route puis de piste, 900 m de dénivelée au moins)

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Haut plateau de l’Anti-Atlas

C’est une très belle étape qui commence sur une route goudronnée (en passant par Tarsouate et Izerbi), qui se poursuit sur une piste de plateau (c’est-à-dire une piste avec un sol dur et des traces assez roulantes en raison du passage régulier de véhicules) et qui se termine par une descente vertigineuse vers Igmir, sur une piste aménagée avec des radiers dans les zones les plus abruptes.

Risque faible sur la route goudronnée car trafic presque nul en dehors d’un ou deux autocars. Risque nul sur la piste.

Igmir

Igmir est un endroit hors du commun, une oasis au fond d’un canyon, enserrée entre des parois hautes de plus de 300 mètres. On ne peut y accéder que par des pistes.

Je ne sais pas ce qu’il faut recommander : ne pas y aller pour que le charme de l’endroit soit préservé (mais les habitants ne sont pas d’accord avec cette idée, je les comprends) ou bien y aller en sachant que chaque visite, chaque passage grignote, ronge, détruit un peu de ce qui faisait l’intérêt de la visite.

Éternelle contradiction du touriste ! Il n’y a pas moyen d’y échapper.

Ce sont les habitants qui décideront.

L’endroit n’est pas méconnu, loin de là. Les habitants nous ont raconté comment, à l’occasion d’un reportage télé, ils ont réussi à parquer une caravane de véhicules, 20 selon certains 50 selon d’autres, et un hélicoptère, dans un fond de canyon qui a pour toute voie de communication une piste large de 2,50 m. Le moindre des exploits du village ne fut pas de donner à manger à tout ce troupeau audiovisuel, y compris le pilote de l’hélicoptère, lequel fut cependant contraint d’atterrir en aval, à quelques kilomètres de distance.

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Igmir tout en bas, tout au fond !

Les pales de l’hélicoptère auraient abîmé les palmiers, m’ont-ils dit. Avec tout le sérieux possible, nous avons entamé une discussion pour savoir s’il fallait dire « Les pales allaient abîmer les palmiers » ou bien « Les palmiers allaient abîmer les pales ». Ce sont les mêmes mots mais ce n’est pas la même chose.

Une discussion de ce type est tout à fait possible au Maroc. Pourquoi ? Parce que même à Igmir, endroit éloigné de tout, on peut rencontrer des gens qui manient fort bien la langue française, des émigrés revenus définitivement au pays, des Marocains habitant en France ou même des Français d’origine marocaine revenus faire un tour dans leur famille.

L’hélicoptère et les palmiers sont restés intacts, le pilote a eu à manger et il est reparti. Ouf ! Je m’imagine avec effroi le boucan que son bouzin devait faire et l’écho des pétarades de son monstre à pales sur toutes les falaises.

À Igmir, le soir, quand tout devrait être calme, les aboiements d’un chien se répètent sans fin : s’écoute-t-il comme un Narcisse ayant enfin fusionné avec Écho ou peut-être, plus simplement mais plus improbablement, imagine-t-il une troupe de congénères envahissant son petit monde ? Dans une ruelle au coeur du village, une série télé savonneuse crachote son bégaiement de subjectivités masculines et féminines. Au loin, une chambre d’amour à la fenêtre ouverte jette une répétitive jouissance aux oreilles de tous.

À Igmir, il y a un gîte d’étape. L’accueil y est très sympathique et la cuisinière fait des tajines et des couscous aux saveurs mémorables.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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