De Igherm à Tafraoute

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Igherm - Tafraoute (100 km de route, une dénivelée certaine)

Comme la veille, la route faisait du saute-mouton de colline à crête, de col à oued. On a accumulé des dénivellations positives, suivies de descentes bien évidemment, et la fatigue s’est bientôt fait sentir.

Pourtant, l’espoir était fort, en quittant Igherm, à environ 1500 mètres d’altitude, d’avoir une route plutôt en descente vers Tafraoute, qui se trouve à 850 mètres. Un espoir global, fondé sur un calcul rapide après consultation de cartes au 800.000 ème.

Ce n’a été que sur la fin du trajet, juste avant de s’engager dans la vallée des Ammeln, que nous avons enfin trouvé la descente tant attendue, une très belle descente, avec des vues spectaculaires sur la dépression de Tafraoute et les massifs du Djebel Lekst et de l’Adrar Mqorn.

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Farouche casbah de légende

La route qui serpente sur les hauts-plateaux de l’Anti-Atlas laisse voir des villages et des maisons fortifiées. C’est l’esprit de la guerre qui a fixé les traits essentiels de l’urbanisme et de l’architecture berbères dans cette région : les bourgs sont situés dans des emplacements stratégiques, les villages sont perchés sur des nids d’aigle, ils sont cernés de murailles et flanqués de tours fortifiées. Tout lieu habité est un château-fort, une place-forte, jusqu’au bunker, avec des portes en métal épais, des murs aveugles, des fenêtres barreaudées ou parfois affectant dans la pierre le treillis d’un grillage.

De nos jours, l’ennemi a disparu et s’il existait, ses armes permettraient de tout réduire en un tas de ruine. Cependant, le jeu avec les codes de la tradition guerrière subsiste : ainsi, même les maisons les plus modernes, celles qui ont été construites par les émigrés partis faire fortune ailleurs, conservent des tourelles qui ne guetteront l’arrivée d’aucun parti adverse, des créneaux qui n’ont assurément pas de visée défensive, des mâchicoulis certainement inadaptés au déversement d’huile bouillante ou à l’envoi de salves meurtrières.

L’architecture comme un code archaïque ? Oui mais pas seulement ! Chaque maison reste entourée d’un mur d’enceinte assez rébarbatif, dont les propriétaires diront qu’il permet de protéger son oasis domestique contre le vent. Et si les portes restent de massives plaques opaques de métal, si les murs du futur, tout en électronique, avec interphone et caméra, ont fait leur apparition, ce peut être une petite fille qui ouvre la porte blindée.

Derrière les murs

Comme à Icht quand nous avons sonné pour demander des renseignements, une petite qui est restée yeux grands ouverts, sans crainte apparente devant les deux étranges cyclistes Français.

Les parents ont insisté pour que nous entrions chez eux, une maison en construction avec des pièces immenses, aux murs recouverts jusqu’à mi-hauteur de faïences et le haut des parois restant en béton brut de décoffrage. « C’est une question d’argent, nous a déclaré le propriétaire des lieux, ça viendra un jour. » Et nous sommes alors entrés dans une pièce où des Marocains engloutissaient paisiblement d’immenses rangées de gâteaux au sucre, au miel et aux amandes, dressées sur des plats à l’inox brillant, tout en préparant puis en sirotant calmement des tasses et des tasses de thé à la menthe. Certains habitaient dans le neuf-trois ou le neuf-cinq. Les conversations ont été faciles, sur des thèmes marocains ou français, sérieux ou futiles, jusqu’aux problèmes de l’aménagement du boulevard Magenta à Paris.

Dans un coin, la tévé marocaine diffusait l’un de ses feuilletons quotidiens.

À Tafraoute, en fin de parcours, nous avons retrouvé les personnages typiques du commerce touristique, les marchands de tapis, les vendeurs d’aventures organisées, les gamins rabatteurs vers tel ou tel commerce.

Parce que la circulation était réduite, le risque était faible sur la plus grande partie du parcours de cette journée. Il est devenu élevé aux abords de Tafraoute.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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