De Icht à Akka

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Icht - Akka (80 km de route ou plus)

Ce fut une journée de vent de face, un vent sec et chargé de poussière, comme les déserts savent en faire souffler sur les pauvres humains qui se retrouvent là. Notre moyenne fut nettement inférieure à 15 km/h.

La Route 102 longe la frontière avec l’Algérie. C’est le sud du Maroc. La route traverse des zones presque désertiques.

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Vent de sable

Elle fut pour nous un long effort continu dont il ne reste que quelques images : le gendarme qui nous arrête pour causer un brin mais qui pose les questions dans l’ordre où elles se présentent sur les formulaires d’entrée en territoire marocain ; une femme en rouge vif qui marche au loin, vers un lieu dont on ne devine rien ; un homme qui nous aborde en nous disant que toutes les religions se valent mais sur un ton qui suggère que certaines valent plus que d’autres ; Ait Ouabelli, un bourg à la richesse passée, dont les maisons s’étagent sur un flanc de collines et dont les habitants s’activaient à débarrasser de ses ordures la voie publique ; au Foum de l’oued Tadakoust, la ruée des petites et/ou jeunes filles, lassées de laver le linge, qui égrènent des « donne-moi un stylo s’il te plaît » (il en aurait fallu 50 ou plus) ; les bosquets de palmiers parfois morts dans les oasis ; les gestes d’encouragement venant des voitures qui nous doublent et qui nous croisent (et dont il faut se méfier, surtout quand le conducteur s’y met lui-même).

Touzounine, un bourg qui était riche

À Touzounine, en fin de journée, Noureddine nous a abordés. Pondéré, calme, étudiant en droit, il nous a proposé la visite de son village et nous avons accepté. Touzounine est un des ces bourgs, situé à la lisière du désert, qui fondait sa richesse sur l’exploitation d’une oasis et sur l’arrêt final des caravanes venant du sud. Cette époque est totalement révolue. Il n’y a plus de commerce caravanier depuis bien longtemps, comme en témoignent les ruines d’un souk qui s’étendait au pied de la casbah. Et la sécheresse qui a sévi ces dernières années rend le travail agricole de plus en plus précaire. Noureddine, 25 ans, nous a montré le bassin où jeune, il se baignait avec ses copains. C’est désormais un trou de sable et de terre. Noureddine a commenté pour nous : « L’eau venait d’un petit massif montagneux, que l’on voit au loin, mais désormais il n’y a plus rien. »

Noureddine parlait très bien français. Il nous a expliqué l’architecture, les lieux, les fonctions des différents bâtiments, plus en ruine qu’en bon état. Il a ponctué une discussion sur les riches et les pauvres par un bel aphorisme : « Les vrais riches sont ceux qui donnent aux pauvres. » Il nous a conduits dans des galeries couvertes, les rues de l’ancien village fortifié, sous des poutres, des portes et des encorbellements qui n’inspiraient guère confiance. Il nous a précisé que les rares habitants qui restaient dans ce village étaient ceux qui n’avaient aucun revenu leur permettant de loger dans une maison plus moderne. Il a nommé un gamin, parmi une vingtaine, comme responsable de la sécurité de nos vélos.

Il nous a montré la facture d’électricité de ses parents : « C’est la facture au compteur » précise-t-il alors que je lui avais demandé, sans avoir réfléchi, si c’est un système à carte prépayée.

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Panneau électoral à Touzounine

Noureddine a répondu à toutes nos questions, par oui ou par non, selon le sujet, contrairement à monsieur oui-oui.

Il nous a montré les panneaux électoraux, des rectangles tracés sur les murs où l’on efface les inscriptions partisanes une fois le vote fini. Il nous accompagné jusqu’à la route principale après que notre sens de l’orientation ait été sérieusement perturbé par les tours et les détours dans les rues en ruine de Touzounine. Il ne nous a rien demandé pour son service.

Nous avons contribué au paiement de la moitié de la facture d’électricité.

Noureddine était l’opposé des marchands de tapis de Tafraoute, qui avaient été toute la journée pendus à nos basques, mais son attitude réservée n’a pas été sans efficacité.

Entre Touzounine et Akka, nous avons rencontré un cycliste allemand solitaire dont nous n’avons pas su s’il voulait ou ne voulait pas discuter. Il nous a dit qu’il allait à Dakar, en passant par la route de la côte atlantique, la nationale 1. C’est le genre de parcours que nous fuyons. Il y arrivera certainement, mais bon courage et bravo !

Akka dispose d’un seul hôtel, donc le choix est simple. Son confort est des plus sommaire mais là comme pour tout ce que nous avons vu, les chambres et les lits sont propres. Je ne ferai pas de commentaire sur les douches et sanitaires.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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