Vous êtes dans la course ?
Non, bien sûr, nous ne sommes pas dans la course !
Nous sommes juste des cyclos et en plus, des touristes. Pourquoi nous viendrait-il à l’idée d’appuyer sur le champignon ? Ou de faire trois fois de suite la même côte. Voilà le fond de nos pensées mais les coureurs de l’Antonin Magne ne le savaient pas.
Pas plus que nous ne leur avions expliqué que nous avions déjà visité quatre églises et que nous allions en visiter trois autres, avant le soir. Et en plus manger des crêpes à la confiture de lentilles. Scandale calorique pour certains et délice pour les autres !
Riom-es-Montagnes – col de Prat de Bouc (62 km, 1400 m et +, 7 églises)
Saint-Georges à Riom encore, Saint-Blaise à Apchon, notre préférée, Saint-Hyppolite dans village homonyme, Saint-Léger à Cheylade, Saint-Cyr et Sainte-Julitte à Dienne, Notre-Dame à Murat, Saint-Pierre à Bredons : quelle journée !
Saint-Blaise, notre préférée, a été construite au XIIè et au XVè. Elle offre un charmant toit de lauzes, d’impressionnants retables de bois sculpté et polychrome, avec un vaste tableau portant une allégorie de l’espérance triomphant de la barbarie. Une documentation fouillée sur chacun des aspects de l’église, rédigée par des paroissiens, est aimablement mise à disposition des visiteurs. Ce jour-là, le soleil du matin pénétrait par les vitraux du côté est et inondait l’intérieur de l’église d’une ambiance qui n’existe que dans les édifices religieux.
La route, la petite route, qui permet d’accéder à Apchon et Saint-Hyppolite, sinue à flanc de montagne : elle se coule un moment au pied d’une forteresse moyenâgeuse en ruine, dotée d’une tour qui reste vertigineuse même de nos jours. De cet endroit, la vue vers le nord, sur les monts du Cézallier ne peut qu’absorber l’attention de tout cycliste un peu voyeur.
Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, l’église Saint-Léger de Cheylade est particulièrement massive. Elle est de l’espèce des gros burons surélevés, elle se tient sur de lourds piliers qui encadrent une nef dont le plafond est fait de caissons en bois peint.
Fanfreluches sportives
C’est après Cheylade que l’ambiance de la journée a changé. Nous étions dans la vallée de la petite Rhue ou Rhue de Cheylade. Il y a eu des signes avant-coureurs (sic !). Un fier motard de la gendarmerie qui semblait en balade, une voiture bariolée avec de petits drapeaux puis d’un seul coup l’échappée : pas belle mais véloce (sic !), des espèces d’hybrides homme – machine tête basse qui nous ont doublé le temps d’une respiration. D’autres groupes ont suivis, d’abord peu nombreux puis plus nombreux puis très nombreux. Nous nous sommes d’abord réfugiés sur le parvis d’une église en bord de route, hélas fermée puis impatients, nous sommes repartis dans le flot, un flot de centaines de coureurs cyclistes, tous porteurs de dossards avec un numéro à trois chiffres.
L’Antonin Magne est une course populaire qui va d’Aurillac à Aurillac en passant deux fois par le Pas de Peyrol. Après un temps, nous nous retrouvâmes avec nos frères et nos sœurs, plus hésitants que les premiers, plus souffrants, plus modestes, plus rigolards, plus gentils. En nous doublant, parfois avec peine, ils nous félicitaient de notre apparente décontraction, commentaient la taille des pneus de notre vélo et le diamètre des tubes du cadre, s’exclamaient sur le supposé poids des sacoches dans lesquelles nous portions nos affaires. Souvent, ils disaient qu’ils aimeraient bien se promener comme nous. Au col, les organisateurs nous encouragèrent à aller jusqu’au bout du parcours mais Aurillac, ce n’était pas notre destination.
Antonin Magne restera ainsi célèbre tant que près de 1000 personnes, chaque année, célèbreront sa mémoire, juchés sur de drôles de machines instables et revêtus de pièces de tissus numérotées et colorées.
Vers le frais
Nous avons ensuite parcouru la vallée de la Dienne, dont les habitants étaient encore marqués par le passage de ce millier de personnes le matin même. Nous avons visité l’église Saint-Cyr et Sainte-Julitte, deux martyrs, une église assez massive et légèrement de guingois, puis essayé d’imaginer la vie des anachorètes qui vivaient sur le plateau du Limon, au Moyen-âge. Exceptionnellement, nous avons renoncé à gravir la côte qui mène à la chapelle Saint-Antoine, romane du XIIè siècle, parce qu’elle nous a paru bien close.

Porte de style roman
Murat est une petite ville blottie en fond de vallée, dont le centre est très conservé, qui a une activité à la fois industrielle et touristique, et un office du tourisme ouvert même le dimanche. Là, ils nous ont recommandé de remonter les hauts de la vallée de l’Alagnon et d’aller jusqu’au col du Prat de Bouc pour le gîte et le couvert, ce que nous avons fait. C’était un judicieux conseil.
On peut, comme nous l’avons fait, passer par l’église Saint-Pierre à Bredons avant de s’engager dans la côte qui mène au col. Encore une église, allez-vous dire ! Eh oui ! Ce fut la dernière de la journée. Elle présente un portail en plein-cintre (= qui dessine un demi-cercle parfait) caractéristique de l’art roman.
La nuit au Col de Prat de Bouc, dans le gîte d’étape, fut pour nous l’occasion de sentir à quoi pouvait ressembler le froid des nuits de juillet, dans ces contrées, sur les pentes venteuses qui descendent du Plomb du Cantal. Le col du prat de Bouc n’est qu’à 1400 mètres d’altitude, mais il n’y a pas un arbre, pas un taillis, juste des herbes rases et des pierres. C’est la planèze du Cantal.
Une ambiance sibérienne !
Ce récit : Vous êtes dans la course ?
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