La petite Mongolie

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Saint-Germain-Lembron - Riom-ès-Montagnes (70 km, 700 m ou + de dénivellation)

À partir de Saint-Germain-Lembron, nous avons remonté la vallée du Couze de Chambon jusqu’à Ardes, une petite ville aujourd’hui ensommeillée - en dehors des périodes touristiques - mais qui a connu un essor économique important à la fin du XIXe siècle. La vallée était alors semée de petites usines et de manufactures.

Dans cette vallée, on produisait de l’électricité (dès 1890, avant Issoire même), de la petite métallurgie et des outils. On peut aujourd’hui voir des friches industrielles, sur le bord de la route. A l’entrée d’Ardes, un panneau annonçait que l’ADSL est arrivé. Au café, on nous a dit qu’il n’y a pas de radar mobile dans cette vallée, ce qui dans un premier temps ne nous intéressait que faiblement, nous qui sommes juchés sur des vélos, mais après un temps, cela nous a interpellé - pourvu qu’aucun ici n’ait l’idée de jouer au pilote de rallye !

Ce ne fut pas le cas et après Ardes, nous nous sommes engagés dans la vallée de Rentières, jolie et bien vantée dans les cartes et guides touristiques. Nous avons cherché à mi-parcours une petite chapelle que nous n’avons pas trouvée, en dépit du panneau qui en indiquait la direction, par un chemin qui s’enfonçait dans une sombre forêt. Ce fut ensuite une longue côte qui déboucha, à faible vitesse pour nous, sur le plateau des Monts de Cézallier, la petite Mongolie, que nous allions traverser.

La petite Mongolie

La petite Mongolie ! C’est le nom que donnent les habitants aux monts du Cézallier. On y trouve, parait-il, une fleur rare, la ligulaire de Sibérie. Cela dit tout de la température moyenne de l’endroit !

Croupes arrondies, molles ondulations, vert pelage piqueté de fermes isolées et couturé de lignes électriques : à chaque ferme sa rangée de poteaux électriques, son lampadaire public dont on m’a dit que le fermier devait l’allumer chaque soir et qu’il pouvait déduire de sa facture d’électricité le coût de l’éclairage (ces dires ne me semblent pas totalement garantis !)

Un ouvrage imprimé, pétri de lyrisme, sur ces monts prétend que chaque ferme est resserrée dans son coin. Je ne suis pas d’accord, car beaucoup sont posées sur la crête d’une ondulation ou au milieu d’un champ ouvert à tout vent. Il y faisait plutôt frais en plein mois de juillet et nous n’osions imaginer l’ambiance en plein hiver.

Mais peut-être faut-il distinguer entre le coin et le recoin ? On est toujours dans un coin, c’est-à-dire quelque part, et il est alors inutile de le dire, mais pas toujours dans un recoin, un quelque part qui serait un peu caché, un peu protégé.

La Godivelle – dont le nom n’est apparemment pas d’origine mongole ! – n’est pas dans un recoin, c’est un village qui est ouvert à presque tous les vents. Il y a deux lacs, le lac inférieur étant plus froid que le lac supérieur, lequel est oligotrophe (= il a peu de sédiments) et non pollué. C’est normal car il est au-dessus du village (il faudrait être tordu pour y monter ses ordures).

Pour redescendre des monts du Cézallier, on peut emprunter des routes pentues à trois chevrons, qui font beaucoup plus mal aux tendons des mains, crispées sur les poignées de frein, qu’à ceux des jambes. Nous avons alors traversé quelques très petits villages, installés dans des recoins, pour arriver à Condat, un gros bourg dont un titre de gloire est de se trouver proche du petit bourg où est né un président de la Vème République française.

Nous sommes passés par la vallée de la Rhue, qui se jette dans la Dordogne, laquelle rejoint la Garonne. La géographie fluviale est particulièrement complexe dans ce coin, elle est pleine de recoins ! Non que l’eau néglige d’aller, comme d’habitude, du haut vers le bas, mais l’orientation des vallées ne doit rien à un plan rayonnant qui est pourtant celui que l’on attend – en tant que parisien il faut le reconnaître – de la part du Massif central.

Heureusement, les panneaux routiers font fi de ce désordre et nous nous sommes retrouvés à Riom-ès-Montagne, alors que débutaient dans la ville les festivités à la fois locales et nationales du 13 juillet 2008.

Fanfares autour du gros buron

Plusieurs fanfares étaient en compétition, une classique avec jeunes filles et jupettes sur jambes épilées, une écossaise avec cornemuses et jupettes sur jambes poilues, une tropicale avec chairs mordorées seulement recouvertes de strings.

La natalité pourrait atteindre un pic en 2009 dans cette région. Heureusement, comme Riom-ès-Montagnes est à 843 mètres d’altitude, il y faisait nettement moins frais que dans la petite Mongolie. Il ne faisait pas chaud pour autant. Ainsi, même quand les conditions climatiques ne s’y prêtent pas, la culture locale de Riom est manifestement ouverte sur le monde, il faudrait le dire aux journalistes étrangers toujours contempteurs de la France pour son supposé repliement atavique.

Riom-ès-Montagnes recèle en son sein, juste derrière les fanfares, l’église Saint-Georges. Encore un cas !

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Voute dite en cul de four

Bâtie entre le XIe et le XVe siècle, elle est tellement composée de parties hétérogènes qu’on ne peut plus la dire de style roman, même si certaines voûtes sont en berceau et certaines chapelles en cul-de-four (coupole qui fait un quart de sphère), forme courante pour le roman auvergnat.

Elle n’est pas de style gothique, ça c’est sûr et certain, même si certains arcs sont brisés. Elle n’est pas baroque, au sens architectural, parce que pour les autres sens de ce mot, elle l’est.

Elle tient sur des piliers et des arcs épais, au détriment du choeur dont l’étroitesse surpend. Elle n’a pas de déambulatoire ni de chapelle rayonnante. Elle n’était donc pas destinée à des pèlerins, mais seulement aux habitants. Au sol, son dallage est piqueté de galets. Et au XIXe siècle, on a refait la facade et la toiture, selon quels principes authentiques, nous demandions-nous ?

La part du peuple

De nombreux chapiteaux témoignent de l’art des sculpteurs, mais pas de leurs intentions : que viennent faire pour l’édification des fidèles le serpent, le singe, l’animal à six pattes, la main coupée, l’homme doté d’un appendice entre les cuisses (eh oui !), etc. On est très loin des chapiteaux historiés de Saint-Nectaire.

Serait-ce la part du peuple ?

Ce que les maîtres de l’époque n’ont pu faire autrement que de lui concéder, tant les évocations suggérées par les sculpteurs auvergnats et leurs mains de travailleurs sont difficiles à insérer dans la mise en scène d’une gloire céleste ou terrestre.

Certains bons esprits jugent que tout cela est caractéristique de l’esprit auvergnat. Nous sommes d’accord car même la pièce d’un Euro, la seconde, que nous avons glissée dans la fente de l’archaïque boîtier commandant l’éclairage intérieur, fut engloutie, avec un bruit sec, sans que la moindre lumière ne jaillisse.

Etait-ce un effet de la bien connue tendance auvergnate aux économies ? Serait-ce un contrecoup local des recommandations produites par le Grenelle de l’environnement ? Peut-être le Seigneur, conscient du peu de sérieux avec lequel ces récits de voyage sont écrits, ne nous a pas jugés suffisamment dignes d’une deuxième minute de contemplation ?

En fait - et ceci est du mauvais esprit - cette église est un buron magnifié, amplifié, sans aucun style, avec beaucoup de styles, juste dépendant des trouvailles et possibilités des financeurs et artisans qui se sont acharnés à l’édifier au cours de plusieurs siècles. Il faudrait aussi reconnaître le rôle que les défauts techniques, les destructions, les pillages et les incendies ont joué dans la (re)construction de cette forme étrange et sombre. C’est un buron agrandi, décoré ici ou là, solide, noir comme un four.

On pourrait y passer des heures à essayer de tout décrypter. Nous y sommes retournés le lendemain matin pour encore grapiller quelques regards.

Il y a un camping à Riom-ès-Montagnes et c’est dans cette ville que nous avons goûté le meilleur bleu d’Auvergne de ces vacances (épicerie pas très loin de l’église).


Mis en ligne par Eric • Permalink

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