Encore des églises

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Orcival - Saint-Germain-Lembron (80 km, 500 m ou + de dénivellation)

Il faisait frais ce matin-là, il a plu même. Un temps normal pour l’Auvergne. D’Orcival, en partant vers le sud-est, vers Saint-Nectaire, s’étend une zone de hauts plateaux vallonnés. Un des villages que nous avons traversés s’appelle Saulzet-le-froid, ce qui se passe de commentaires. Sur ces petites, voire très petites routes, le vélo est agréable, varié.

Si le site de Notre-Dame d’Orcival est extraordinaire, celui de Saint-Nectaire est exceptionnel. Il faut imaginer un demi-cirque avec des flancs hauts de presque 400 mètres et une éminence au centre, sur laquelle est plantée la basilique.

C’est une église de pèlerinage, elle a été construite pour recevoir pèlerins et processions. Il y a un narthex à l’entrée pour se réunir, des bas-côtés longeant la nef (non accessibles pour cause de travaux en juillet 2008), un déambulatoire autour du chœur, des chapelles rayonnantes où peuvent être célébrés les offices. Contrairement à Orcival, l’intérieur est clair, la netteté y est affichée, tout est couvert de parements propres, hygiéniques même, c’est un intérieur dont on a effacé la trace des foules qui y sont passées. Tout en opposition, les murs extérieurs sont faits d’une pierre sombre.

Les colonnes intérieures supportent 103 chapiteaux qui ont une symbolique plutôt évangélique. On comprend bien ce qui s’y dit !

Il y a un trésor dans l’église, des statues et un reliquaire. Une bande de malfrats les avait dérobés à la fin du XIXe siècle, celle des frères Thomas, qui ont été rattrapés et condamnés, eux et leurs acolytes parmi lesquels leur propre mère. Quelle famille !

De Saint-Nectaire à Issoire, nous avons choisi d’emprunter les petites routes, les meilleures mais aussi les plus pentues, qui passent par des villages dont la célébrité n’est pas internationale, Cotteuges, Saint-Floret, mais qui peuvent receler certaines merveilles comme des maisons vieilles de 500 ans !

Une des rares églises romanes “barbouillées”

Issoire est connue pour de nombreuses raisons, la première étant l’abbatiale Saint-Austremoine, lequel aurait été un supposé missionnaire supposément martyr d’un supposé rabbin ! C’est une église de pèlerinage de style roman qui a vu ses murs intérieurs couverts, au XIXe siècle, de bizarres motifs en peinture couleur rouille.

Cela fait un choc, il faudrait prévenir, surtout les touristes qui viennent de visiter Notre-Dame-du-Port, Orcival ou Saint-Nectaire, comme nous. Jusqu’ici, nous avions vu des intérieurs en pierre nue ou en parements imitant la pierre. C’est le choix des “décapeurs”, selon la quasi-invective formulée par les “barbouilleurs”, dans la querelle des décapeurs et des barbouilleurs. Ce choix correspond plutôt au goût contemporain et à l’idée que l’on se fait aujourd’hui de l’authenticité.

Les barbouilleurs, selon l’invective en miroir, sont ceux qui préconisent de repeindre l’intérieur des églises, comme elle l’étaient à l’origine. Les barbouilleurs ont raison car les églises étaient peintes, mais ils ne savent pas bien ce qu’il faudrait faire, car on n’a plus de témoignage d’époque. Les décapeurs ont tort, mais savent faire ce qu’il faut pour qu’un visiteur croie à l’authenticité de ce choix contemporain de décoration intérieure. Ainsi va cette bizarre notion qu’est l’authenticité !

Ainsi, l’intérieur de Saint-Austremoine surprend et dérange. J’y ai vu des semblants colorés de tôles rivetées, ce qui n’est qu’une impression personnelle.

Il y a un trésor dans la crypte, une chasse en émaux. Elle a été volée en 1963 puis retrouvée en 1990… à Honolulu. Les Américains ont bien voulu la rendre. Souhaitons aussi qu’ils suppriment les droits de douane exorbitants sur le roquefort, une production qui n’est pas de ce terroir même, mais qui se trouve bien dans les… massifs centraux.

Le bougnat d’Amsterdam

Il faisait chaud en cette fin d’après-midi, dans la vallée de l’Allier, entre Issoire et Saint-Germain-Lembron, où nous avons trouvé le camping à la ferme du bougnat d’Amsterdam.

Bougnat! C’est lui-même se désigne ainsi. Hollandais qui, après quelque temps à Paris, s’est trouvé un port d’attache, à Saint-Germain-Lembron, dans une ferme qui est tout autant un château qu’une exploitation agricole. Il garde avec plaisir, je crois, un petit accent qui trahit une origine ni auvergnate, ni parisienne. Il tient à la fois un discours de gardien de camping, chaleureux et accueillant, et de châtelain, plutôt plaintif devant l’augmentation des charges, pour réparer la toiture, etc.

Il accueille beaucoup de Hollandais roulants en camping-car, une population au tropisme solaire, qui se couche tôt, tant mieux, et qui semble bien se lever tard. Le lendemain, sans nous presser aucunement, nous sommes partis les premiers, alors que rien ne bougeait sur le pré, autour de nous.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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