Eglises perdues sans clocher : Debré Sellam

en Ethiopie

Debré Sellam est moins accessible que Cherkos : il faut quitter l’axe routier Mekele - Adigrat, prendre la piste d’Atsbi, dont les lacets offrent des vues plongeantes sur la cuvette de Wukro, puis s’échapper par une piste annexe et parcourir une dizaine de kilomètres. Nous avons de plus choisi d’y parvenir à pied, option parfaitement inattendue de la part de touristes. Déjà, la veille, nous étions allés à pied de Atsbi à Michael Imba, 15 kilomètres aller et autant au retour.

Tesfay nous guidait sur les routes et les chemins, nous avons rencontré des centaines de personnes qui allaient ou revenaient du marché hebdomadaire d’Atsbi. Le soir, il nous a avoué qu’il en avait marre : pas de marcher, mais de se faire interpeller :

— Qu’est-ce qui se passe ? Elle est cassée, la voiture ! a-t-il entendu sans discontinuer.
— Ah ! C’est ça, la maquina !
— Je commence à comprendre votre situation de farandji, toujours apostrophés dans la rue, conclut-il.

La façade blanche de Debré Sellam est visible de toute la vallée du Hidar. Nous traversons des hameaux, des cultures, des bosquets, les jardins. Fin août, alors que la saison des pluies touche à sa fin, les champs sont verts, les arbres en feuilles, il y a de l’eau.

— Ne vous y fiez pas ! Cela ne dure que peu de temps ; et cette année, nous craignons une sécheresse.

En 2003, il y a déjà eu un déficit alimentaire grave en Ethiopie.

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Sous la falaise, sur la terrasse

Nous passons à côté des fermes fortifiées, caractéristiques de cette région du Tigré. Elles sont belles, mais d’une beauté sévère.

L’église a été édifiée sous un vaste surplomb et sur une terrasse qui domine la vallée. Elle est enveloppée par les dalles rocheuses en dévers qui montent jusqu’en haut de l’imba. On voit d’anciens aménagements creusés dans les parois de couleur ocre, des traces ridées comme une vieille peau, noircies par des écoulements ici ou là.

Son architecture est authentiquement axoumite : l’alternance des poutres de bois et des colonnes de pierres sert réellement à faire tenir les murs ; ce ne sont pas des surplus décoratifs ou des pastiches d’une architecture modèle.

Le bois doit venir des cyprès dont on voit quelques exemplaires restants dans les campagnes tigréennes. Il est merveilleusement compact, et apparemment intact.

L’intérieur est clair, mais il paraît que le maqdas est totalement aveugle.

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La religion en lutte

Les fresques qui s’étalent sur tous les murs du keddest sont clinquantes au possible : elles s’imposent à l’œil. Le prêtre dit, ou du moins Tesfay traduit, qu’elles ont un style aux réminiscences byzantines : nous croyons nos interlocuteurs. Plus manifestement pour nous, c’est toute la scénographie picturale de l’église éthiopienne qui ressort : cieux et enfers, anges, archanges, démons, saints, pécheurs. Inutile de préciser lesquels ont la peau un peu plus blanche et lesquels la peau un peu plus noire.

La merveille que recèle cette église, c’est un panneau de bois ouvragé et peint, figurant une vierge à l’enfant.

Debré Sellam est bien évidemment une église-grotte, mais son bâti donne une sensation bien différente de celle l’on éprouve à Mikaël Melhaizengi, Medham Alem Kesho ou même Debré Tsion.

A Debré Sellam, on en s’enfonce pas dans la terre. Celle-ci ne vous enveloppe pas : la pierre est lisse, il n’y a aucune de ces irrégularités, de ces formes incertaines qui gisent dans des parties indiscernables, dans les creux, les coins, les chapelles latérales.

Au loin, nous entendons un tambour et des chants qui se rapprochent : les filles de la vallée fêtent la fin de l’Ashenda, elles empruntent l’unique chemin qui mène à l’église… la rencontre est pour bientôt !


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