Eglises perdues sans clocher : Cherkos

en Ethiopie

Cherkos

Cherkos est l’église troglodyte du Tigré la plus accessible, répète-t-on, dans tous les sites Web des agences touristiques. C’est vrai, quand on compte le nombre de mètres à parcourir après que la benne à touristes ait déversé son chargement sur le bord de la route ; c’est faux sinon !

Il faut rencontrer ces files de fidèles revenant de l’église vers la ville. En procession le long des chemins bordés de cactus candélabres, femmes et enfants avancent revêtus de leur haïk clair. Elles ont les cheveux plaqués et tirés vers l’arrière, le visage émacié, les yeux de celles qui ont vu leur famille dans la famine, la guerre, la séparation, le sida. Le Tigré n’est pas le paradis sur terre.

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Files des fidèles

Les croûtes noirâtres des incendies allumés par Gragn et ses soldats, héraults de l’Islam au 15ème siècle, tavellent les voûtes et les murs. Elles attaquent, définitivement, des fresques où l’on devine les scènes habituelles du christianisme éthiopien. Seuls des extraits restent visibles.

— Pourquoi ne pas avoir restauré, depuis le temps ? Toutes les églises d’Ethiopie peignent et repeignent leurs fresques !
— Pour garder le souvenir des destructions, répond le prêtre !
— Pour garder ce qui reste des fresques d’origine, répond le guide !

Réponses inattendues.

L’intérieur de cette église est lépreux ; il fait souffrir les yeux et la peau. Nul doute que l’on peut y prier, demander un secours à l’au-delà, ressentir la faiblesse de l’être humain. C’est même ici qu’il faut venir.

Je regarde les chromos qui émaillent les pierres grises des piliers et des parois. Ils captent le regard, tellement ils s’en distinguent : avec leur style sulpicien, bras levés, visages hors du cou, nuages s’amoncelant, lueurs jaillies de quelque au-delà, ils sonnent aux yeux comme un néon. Plusieurs lumignons, métal et verre composés pour scintiller à chaque moment, s’ajoutent à ce mélange de styles.

L’église est belle, en un sens, une fois que l’on y a greffé l’histoire des hommes du pays.

On sait qu’elle est ancienne, une des premières à avoir été creusées : de main d’homme, au marteau et au pic. Il faut imaginer, jour après jour, année après année, ceux qui ont foré et déblayé les gravats. Les géologues disent qu’il s’agit d’un roc, le tuf, qui n’est pas trop résistant. Sans doute ! On les croit ! Mais qui a tenu le métal des outils dans ses paumes, qui a senti les chocs dans ses bras, qui a travaillé sous terre, dans l’ombre, et pour quelle gloire extérieure ?

Les esthètes notent qu’elle présente de remarquables symétries. Très bien, et n’oublions pas que ce sont des hommes de métier qui ont conduit le labeur !

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Tabot

Elle a été âprement disputée lors de guerres éthiopiennes de religion. Prise, reprise, à moitié détruite, brûlée. Et jusqu’aujourd’hui, elle a été le refuge des peuples en désarroi, des peuples soumis au joug de ceux qui veulent l’asservir comme de ceux qui veulent le libérer.

Le prêtre nous conduit vers le Maqdas (le sanctuaire). Il pousse un volet en bois qui se referme dès qu’on le lâche : entre deux battements, nous voyons le Tabot (tablette sur lesquelles est inscrit le nom du saint auquel est dédié l’église). Le Tabot est l’objet le plus sacré de toutes les églises éthiopiennes. A Wukro, il est consacré à Saint Michael. C’est un coffre avec un dais ; un dôme surmonté d’une croix, des pointes en forme de flèche, une frise de petits triangles ont tous des significations symboliques. On nous les explique.

Les faces sont peintes, dans un style rudimentaire.

Deux figurines représentent les gardiens du trésor. Je vois un Picasso perturbé d’un côté, un Munch affligé de l’autre ! L’interprétation n’a aucun sens objectif mais pour moi, elle était bien présente ce jour-là.


Mis en ligne par Eric • Permalink

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