Franchir les Pyrénées

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On peut commencer l’exploration cycliste de la Catalogne, comme nous, par un parcours en France, à partir de Perpignan, dans une région qui s’appelle aussi… la Catalogne.

Perpignan - Arles-sur-Tech

52 km - env. 500 m de dénivellation

Le train venant de Paris arrive tôt le matin à Perpignan, dans la célèbre gare vue par Dali comme le centre du monde. Nous quittons ce lieu (en fait, d’apparence nettement moins magique que sa réputation pourrait le faire croire !) pour Thuir, Fourques, Llauro, Ceret et Arles-sur-Tech. Une fois passées les zones pavillonnaires autour de Perpignan, on se retrouve dans un paysage plus agreste, on suit la D625 puis on passe un petit col, pour se retrouver sur une pénible D115 de Céret jusqu’à Arles-sur-Tech. De loin, on voit le Pic du Canigou, légèrement encapuchonné de neiges qui manifestement ne passeront pas l’été. Le Canigou est beau comme cela.

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Procession à Arles-sur-Tech

En Arles-sur-Tech, on a un concentré de France.

Une abbaye bénédictine vieille de plus de 1000 ans. Deux saints Perses, Abdon et Sennen, vénérés dans le village, et dont la vie aventureuse autour des années 900 s’est doublée d’une mort encore plus aventureuse puisque leurs dépouilles ont fini par être ramenées en ce lieu, assez éloigné de l’Orient, pour des raisons politico-religieuses.

Un sarcophage, dont goutte assez mystérieusement un filet d’eau, phénomène qui hélas a été expliqué par des universitaires impies et sans aucun esprit de poésie !

Une procession religieuse lors du Vendredi Saint, organisée par la confrérie de la Sanch (c’est ce qu’il y a de moins français en Arles, mais de plus catalan !)

Une histoire industrielle centrée sur le textile, histoire intense, dramatique, aujourd’hui une industrie perdue. Des artisans d’art, ferroniers, peintres, derniers occupants de la zone industrielle. Une activité de thermalisme qui hésite entre soins et loisirs.

Quelques espagnols sont restés ici après avoir fui la victoire franquiste. Des retraités français peuplent le village ! Des Allemands et des Hollandais, touristes, errent dans les rues à la recherche d’un certain exotisme : auront-ils l’imagination suffisante pour le trouver ?

Arles-sur-Tech - Albanyà

70 km - env. 900 m de dénivellation

En sortant d’Arles-sur-Tech, on se doit d’abord d’emprunter la D115, trop circulante, mais c’est pour rapidement prendre la direction de Saint Laurens de Cerdans puis de Coustouges, en empruntant une petite route départementale, sinueuse, aux pentes bien marquées, tranquille, belle, le rêve de tout cyclotouriste.

Une fois la frontière franchie, une fois arrivé en Espagne, on peut sur des routes tout aussi désertées, contourner le Panta de Boadella, un lac-barrage, par le nord, puis par l’est et enfin par le sud, pour atteindre à Albanyà, où se trouve un vaste camping dans lequel on trouve de la place, même lorsqu’il est plein. Des traversées VTT plus aventureuses sont possibles, en restant côté ouest du Panta !

Saint Laurens de Cerdans est un village à la Pagnol, sauf respect dû aux particularités régionales.

Coustouges est une des communes situées le plus au sud de la France, elle en a été un bastion avancé, au sens propre car le village est perché sur un col et domine le val espagnol de Cabrenys. Il faut y voir le vieux village, ses rues nommées en catalan (avec par exemple un “Maquinaciones de xavals i pubilles en jogurneig” - Il faut laisser le lecteur imaginer !), son église du 13ème siècle où la moindre pierre, le moindre chapiteau semble totalement authentique.

Au sortir de Coustouges, l’Union européenne a financé un tronçon de route qui franchit la frontière franco-espagnole, un tronçon désert à cette époque de l’année, et dont j’espère égoistement pour tous les cyclos qu’il restera désert ad vitam aeternam.

Il y a une certaine émotion à parcourir ces montagnes, où il n’y avait pas d’axe routier jusqu’à présent, des montagnes qui étaient donc préservées. Au bas du col de Coustouges, une stèle commémore un douloureux épisode de l’histoire récente, celui du passage à pied de dizaines de milliers de réfugiés espagnols en 1939.

Albanyà est nichée au coeur de montagnes d’altitude modeste (1200 m, tout de même !) mais escarpées. On se croirait au bout du monde et pour l’Espagne et la Catalogne, c’est en effet l’extrême nord de leur monde.


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